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Éditions J’ai lu, 2010 (539 pages)

Ma note : 15/20

Quatrième de couverture …

C’est à La Hague – un bout du monde à la pointe du Cotentin – que la narratrice est venue se réfugier. Elle arpente les landes, observe les oiseaux migrateurs… et Lambert, homme mystérieux et tourmenté aperçu un jour de tempête, et qui n’a cessé depuis lors d’éveiller sa curiosité.

La première phrase

« La première fois que j’ai vu Lambert, c’était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large. Il était arrivé un peu après moi et il s’était assis en terrasse, une table en plein vent. Avec le soleil en face, il grimaçait, on aurait dit qu’il pleurait. »

Mon avis …

Sur le papier, un roman qui a déjà tout pour me plaire. Je ne connaissais pas l’auteure, c’était donc également une bonne occasion de la découvrir. Auréolé du Grand Prix des Lectrices ELLE 2009, un roman qui aborde la thématique générale des secrets de famille. Et c’est une réussite !

La narratrice, ornithologue, est venue soigner un chagrin d’amour sur un tout petit bout de terre bordé par la mer. Pour éviter de ressasser de mauvais souvenirs, elle s’empresse d’établir des relevés minutieux de la faune aviaire. Elle croise en premier lieu le ténébreux Lambert, qui officiellement vient vendre la maison familiale. Très vite, la narratrice va se faire la réflexion que les habitants de ce petit village sont au moins aussi intéressants que les oiseaux qui constituent sa passion. Nous avons Théo, le gardien du phare un peu bourru, Lili, la tenancière du bar où l’on « ragote » toute la journée, ou encore Max, le trentenaire perdu dans son monde qui se construit un bateau qu’il baptise sobrement « La Marie Salope ». Nan, une vieille femme que l’on dit complètement folle, ne manque pas non plus d’intriguer la jeune femme. Les jours de tempête, elle erre seule sur la grève, portant toujours une longue robe noire. Et puis il y a Raphaël, le sculpteur passionné et illuminé ainsi que Morgane, sa sœur, une jeune trentenaire en mal d’amour qui ne se balade jamais sans son rat. Vous l’aurez compris, nous avons ici toute une galerie de personnages. Après avoir découvert le secret de Lambert, la narratrice entreprend de déterminer le lien qui unit, malgré eux, les protagonistes de ce livre.

La mer. Des vagues effrayantes. Le vent. Un phare. La solitude. Ces quelques mots évoquent déjà très bien l’ambiance de ce livre : triste, comme un ciel gris, mais finalement prenante. Les personnages sont profonds. Ils souffrent tous d’une certaine solitude, et un lourd secret est à démêler. On a envie d’avancer avec eux, de savoir. Ils sont tous spéciaux, singuliers, à leur manière, mais attachants. C’est une histoire forte, avec des mensonges, de la culpabilité, des non-dits. Je conseille vivement ce livre. Les mots sont simples pour dire de belles choses. Par contre, attention à l’atmosphère qui risque peut-être d’en refroidir plus d’un/d’une. Il pleut quasiment tout le long du livre, la narratrice est en plein deuil, il y a parfois (souvent) un réel manque de dialogues entre les personnages. Donc à ne pas lire si l’on est en pleine déprime.

En résumé, Claudie Gallay nous livre une intrigue intéressante et nous fait découvrir cet endroit sauvage où les vagues déferlent, viennent frapper les rochers, cogner les fenêtres, et ce fameux phare, acteur central du drame qui s’est joué il y a plus de quarante ans.

Extraits …

« Qu’est-ce qui fait que l’on s’éprend, comme ça, au premier regard, sans jamais s’être vus avant ? Il y a des rencontres qui se font et d’autres, toutes les autres qui nous échappent, nous sommes tellement inattentifs… Parfois nous croisons quelqu’un, il suffit de quelques mots échangés, et nous savons que nous avons à vivre quelque chose d’essentiel ensemble. Mais il suffit d’un rien pour que ces choses là ne se passent pas et que chacun poursuive sa route de son côté. »

« Je savais que l’on pouvait rester très longtemps comme ça, les yeux dans la mer, sans voir personne. Sans parler. Sans même penser. Au bout de ce temps, la mer déversait en nous quelque chose qui nous rendait plus fort. Comme si elle nous faisait devenir une partie d’elle. Beaucoup de ceux qui vivaient cela ne repartaient pas. »

« A la Hague, les vieux et les arbres se ressemblent, pareillement torturés et silencieux. Façonnés par les vents. Parfois, une silhouette au loin, et il est impossible de savoir s’il s’agit d’un homme ou d’autre chose. »

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