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Éditions Le livre de poche, 2013 (125 pages)

Ma note : 14/20

Quatrième de couverture …

Scandale dans une pension de famille «comme il faut», sur la Côte d’Azur du début du XXème siècle : Mme Henriette, la femme d’un des clients, s’est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n’avait passé là qu’une journée…

Seul le narrateur tente de comprendre cette « créature sans moralité », avec l’aide inattendue d’une vieille dame anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle. Ce récit d’une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l’auteur d’Amok et du Joueur d’échecs, est une de ses plus incontestables réussites.

La première phrase

« Dans la petite pension de la Riviera où je me trouvais alors (dix ans avant la guerre) avait éclaté à notre table une violente discussion qui brusquement menaça de tourner en altercation furieuse et fut même accompagnée de paroles haineuses et injurieuses. »

Mon avis …

Une jolie lecture. Je n’avais encore jamais eu l’occasion de lire Stefan Zweig, et au vu des avis plus qu’enthousiastes j’étais pressée de découvrir cet auteur. Pour autant, si ce titre a été le coup de cœur de beaucoup de blogueuses et de blogueurs, je reste sur un ressenti un peu moins fort me concernant. J’ai grandement apprécié la plume de l’auteur, malheureusement je n’ai pas réussi à m’identifier à l’héroïne. Je n’ai pas réussi à ressentir ne serait-ce qu’une once d’empathie pour cette femme qui raconte son histoire d’amour déçue. Pour le coup, j’ai donc l’impression d’être passée à côté de cette œuvre…

Le thème principal qui est ici abordé est celui de la passion : la passion du jeu, mais également la passion amoureuse. Lorsque Mme Henriette s’enfuit avec un homme qu’elle connaît à peine, les pensionnaires d’un hôtel du Sud de la France se questionnent sur le coup de foudre. Une vieille dame, Mrs C., se rapproche alors du narrateur, et lui confie le récit d’une histoire d’amour qui la hante. Il y a vingt ans, au casino de Monte Carlo, Mrs C. observe les mains des joueurs. Elle tombe alors sur celles d’un jeune homme passionné, un homme qui va littéralement la fasciner. Elle comprend très vite qu’il veut se donner la mort, et entreprend de tout faire pour le sauver de la ruine et du suicide. En l’espace de seulement vingt-quatre heures, de nombreux sentiments vont se bousculer et bouleverser cette femme à jamais.

Stefan Zweig nous fait ici découvrir un récit court, mais extrêmement bien travaillé. J’ai été fascinée par la peinture qu’il nous donne de la bonne société de ce tout début du XXème siècle. Les portraits psychologiques sont également très intéressants. Cependant, je n’ai pas été emportée par le récit de la passion de Mrs C. Je n’ai pas compris pourquoi elle se raccrochait à cet homme qui, il faut le dire, reste indifférent à sa présence. Cet intérêt de fascination pour l’autre n’étant pas réciproque, j’avais surtout envie de dire à Mrs C. de laisser cet homme tranquille, et de continuer sa route seule, quitte à confier le destin de cet homme à quelqu’un qui aurait été davantage en mesure de l’aider. Même si la psychanalyse en était encore à ses débuts, un proche aurait peut-être eu plus de poids. A l’inverse, j’ai été touchée par la situation de cet « inconnu » (ses dettes de jeu, son souhait d’en finir) pour avoir envie qu’il s’en sorte. Mon ressenti est donc paradoxal.

En bref, j’ai beaucoup aimé la plume de Stefan Zweig ainsi que sa dénonciation de la condition féminine de l’époque. J’ai apprécié me représenter la vie à cette période de l’Histoire. Malheureusement, je n’ai pas été follement convaincue par la passion amoureuse de Mrs C. pour le jeune homme du casino… Je ne peux pas dire que je n’y ai pas cru, car ce serait faux. J’ai compris sa réelle envie d’aider cet homme. Cependant, je suis restée perplexe quant à son idée de parvenir toute seule à le « sauver » de ses démons. Peut-être que dans quelques années, j’aurai un ressenti différent en le relisant ! Je pense que je retenterai l’aventure. D’ici là, j’ai très envie de me plonger dans Lettre d’une inconnue qui me plaira peut-être davantage.

Extraits …

« – Il n’y a que la première parole qui coûte. Je me suis préparée depuis déjà deux jours à être tout à fait claire et véridique : j’espère que j’y réussirai. Peut-être ne comprenez-vous pas encore pourquoi je vous raconte tout cela, à vous qui m’êtes étranger ; mais il ne se passe pas une journée, à peine une heure, sans que je pense à cet événement ; et vous pouvez en croire la vieille femme que je suis, si je vous dis qu’il est intolérable de rester le regard fixé, sa vie durant, sur un seul point de son existence, d’un seul jour. »

« Je voulais savourer encore trait pour trait en me les rappelant, ces instants trop vite enfuis, à la faveur de cet aveuglement magique que nous appelons souvenir. »

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