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9782253175681-T

Éditions Le livre de poche, 2013 (476 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale de Sigmund Freud, Anny à Hollywood aujourd’hui. Toutes trois se sentent différentes de leurs contemporaines ; refusant le rôle que leur imposent les hommes, elles cherchent leur vrai destin. Trois femmes dans trois époques différentes qui vont néanmoins se tendre la main… Et si c’était la même ?

La première phrase

« – Je me sens différente, murmura-t-elle. »

Mon avis …

Après mon coup de cœur pour La rêveuse d’Ostende, j’étais impatiente de retrouver Eric-Emmanuel Schmitt, et ce afin de le découvrir dans un nouveau registre : celui du roman. J’ai tout de suite été attirée par le titre de ce livre, que je trouvais bien mystérieux. Le symbole du miroir est présent. Il fait référence au fait que ces trois femmes ne se retrouvent pas dans le miroir que leur tend la société. Un miroir qui leur impose ce qu’elles devraient être, alors qu’elles n’ont qu’une envie : échapper à un destin programmé et faire valoir leur être profond. J’ai adoré cette lecture. Et bien que le roman fasse pratiquement cinq cents pages, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.

L’auteur nous brosse le portrait de trois femmes évoluant dans trois époques différentes. Anne vit au temps de la Renaissance. Issue d’une famille aisée, elle tente d’échapper à un mariage de convenance. Hanna évolue au début du XXème siècle. Mariée à un homme dont elle ne se sent pas amoureuse, la jeune femme se sent étouffer dans une vie bourgeoise où il faut avant tout paraître et répondre à un certain nombre de règles. Anny, la plus déjantée, est une star de cinéma. Son aspiration à la célébrité ne la protège cependant pas d’un ressenti de vide, vide qu’elle s’empresse de combler à travers la drogue et des relations passagères avec les hommes.

Il est question d’être, de paraître. J’ai beaucoup aimé voyager, à travers le personnage d’Hanna, dans une époque que j’aurais bien aimé explorer (dommage que les machines à remonter le temps n’existent pas). Le personnage d’Anny est celui qui m’a fait le plus rire. Même si malheureusement, elle fait tout pour s’autodétruire. Je ne vous cache pas que j’avais une petite pointe de curiosité quant à découvrir comment allait évoluer sa vie sentimentale… En tous cas, mention spéciale à Eric-Emmanuel Schmitt pour avoir habilement réussi à articuler ces trois destins. La fin du livre est particulièrement prenante, le rythme s’accélère peu à peu à une vitesse folle. En bref un roman intéressant, qui ne manque pas d’aborder des thèmes profonds. Si j’ai parfois trouvé certains personnages un peu trop caricaturaux (celui d’Anny notamment), je me suis pour autant laissée prendre au jeu. J’ai en tous cas très envie de continuer à découvrir cet auteur.

Extraits …

« Anne est comme vous : elle est perdue et claire. Elle marche dans un monde ténébreux auquel elle apporte la lumière. Elle attire l’attention de chacun car elle vibre, ressent plus intensément. Elle apparaît à la fois ouverte et retirée. Quoique fragile, elle résiste, elle ne plie pas. »

« Quand elle l’aperçut au milieu des danseurs, Anny pensa «C’est qui, cette pute ?». Le maquillage ruiné par la sueur, le corps bridé dans un bustier de lycra, un court tissu glissé autour du bassin en guise de jupe, la fille lui sembla une grue qu’on loue à la soirée. Bon marché en plus ! Oui, Anny ne vit d’abord, au-dessus des cuisses nues où scintillaient des paillettes, en haut des bottes aux talons géants qui obligeaient les fesses à pointer, qu’une de celles dont les journaux gratuits proposaient le portrait à la page «Escortes».
Or, à cause de son malencontreux voisin qui se croyait le roi du dance floor, Anny dérapa, moulina des bras et tomba en avant, se rétablit in extremis ; aux mouvements symétriques qu’exécutait la pouffiasse d’en face, elle constata qu’il s’agissait d’elle-même dans le miroir.
En se reconnaissant, elle hennit.
Cela l’amusa. »

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