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Éditions Le livre de poche, 1958 (245 pages)

Ma note : 13/20

La première phrase

« Que sont nos actes, nos pauvres actes ? Il est éternel le subtil mythe des Persans. Ormuzd et Ahriman continuent à se disputer les créatures humaines. »

Mon avis …

Nouvel emprunt dans la bibliothèque de mes grands-parents, Mademoiselle de la Ferté (publié en 1923) s’avère être un livre au charme suranné mais non dénué d’intérêt. Je n’ai pas pu résister à l’appel de cette jolie couverture ô combien mystérieuse. Sans compter que j’aime aussi beaucoup les vieux livres avec leur odeur si caractéristique. Pierre Benoit était pour moi un auteur inconnu au bataillon, je suis contente d’avoir pu faire sa connaissance. Mon bilan pour ce qui est de cette lecture : Il s’agit d’un roman… étrange. L’atmosphère est particulière, car souvent sombre voire déprimante. L’héroïne, fière et solitaire, évolue sur son domaine de La Crouts, perdu dans les landes marécageuses de la région de Dax. Si le livre a quelque peu vieilli, Pierre Benoit est un auteur talentueux qui mérite de ne pas sombrer dans l’oubli.

Mademoiselle de la Ferté raconte une amitié trouble entre deux femmes, amoureuses du même homme. Lorsque notre héroïne, Anne, rencontre Jacques de Saint-Selve, une promesse de mariage se concrétise rapidement. Malheureusement la famille du jeune homme est contre leur union. Jacques est envoyé à Haïti afin de redorer la fortune familiale. Il promet de revenir dans un an afin d’épouser sa fiancée. Malheureusement, il ne tiendra pas parole puisqu’il épousera une jolie créole anglaise. Il ne sera jamais amené à revoir Anne, il succombera à une insolation lors du voyage destiné à le ramener en France. Suite au drame, la veuve de Jacques s’installe à La Pelouse, domaine annexe de La Crouts où réside Anne. Les deux femmes se rencontrent. La jeune créole Galswinthe et Mademoiselle de la Ferté nouent un lien étrange autour du fantôme de leur amour défunt. Dés lors, chacun s’interroge : Anne a-t-elle pardonné à Galswinthe de lui avoir dérobé son premier amour ? Ou met-elle habilement en place une stratégie dans le but de se venger ?

Si je n’ai pas totalement adhéré à l’atmosphère triste voire morbide, je me suis passionnée pour la psychologie de ces personnages captivants. Pierre Benoit dessine les portraits de deux femmes rivales totalement différentes. Mademoiselle de la Ferté est froide comme la pierre mais d’une force de caractère peu commune. Galswinthe est tout son contraire, d’un naturel chaleureux elle colore quelque peu ce triste paysage des Landes.

Ce livre a pour moi comme une valeur sentimentale du fait qu’il provienne de la bibliothèque familiale. Roman sur le non-dit, il peut être intéressant pour se faire une idée de la vie rurale de la fin du XIXème siècle (dans la région de Dax). Je trouve cependant dommage qu’il ne présente pas plus de rebondissements. La morale, si morale il y a, est quant à elle plutôt subtile et intelligente. A découvrir uniquement si vous aimez les vieux livres. A lire par une froide soirée d’hiver, près d’un feu de cheminée, à la seule condition de ne pas avoir le moral dans les chaussettes.

Extraits …

« Anne voulut se rendre compte. Elle prit entre ses mains la mince jambe, à peine déformée, la serra avec plus de force qu’il n’eût convenu, peut-être. En même temps, elle regardait Galswinthe. La jeune femme pâlit un peu, mais sans cesser de sourire.
– Vous souffrez ? demanda Anne
– Je souffre, il est vrai, dit Galswinthe. Mais il me semble que vous me faites du bien. »

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