heart_4

9782253175094-T

Éditions Le livre de poche, 2014 (93 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

Un écrivain viennois apprend en lisant son courrier qu’une femme l’aime en secret d’un amour absolu depuis des années…
Une nuit, un voyageur rencontre dans un bar un homme autrefois dominateur, aujourd’hui humilié par une fille à matelots…
Ces deux nouvelles publiées en 1922 témoignent de l’art de Stefan Zweig de dépeindre les tourments de l’amour non partagé, la passion qui brûle les cœurs et détruit les vies…

La première phrase

« R…, le romancier à la mode, rentrait à Vienne de bon matin après une excursion de trois jours dans la montagne. Il acheta un journal à la gare ; ses yeux tombèrent sur la date, et il se rappela aussitôt que c’était celle de son anniversaire. »

Mon avis…

Enfin ! Après plusieurs essais (Amok et Vingt-quatre heures de la vie d’une femme), me voici entièrement séduite par une œuvre de Stefan Zweig. Il faut dire que j’étais quasiment prête à laisser tomber, je trouvais les écrits de l’auteur intéressants sans parvenir à être pleinement touchée. Cette fois-ci, j’ai été bouleverséeUne écriture d’une justesse et d’une sensibilité incroyable. La passion se fait absolue, omniprésente, sans remède. Et qu’y a-t-il de pire que d’aimer un homme qui ne cesse de vous oublier ? Mon édition comprenait également une autre nouvelle : La ruelle au clair de lune. Sa construction rappelle énormément celle d’Amok : un lieu lugubre et isolé, en pleine nuit, le récit d’une tranche de vie à un inconnu qui se fait confident. Je dois vous avouer que j’ai été un petit peu moins séduite. Malgré tout, c’est une nouvelle qui reste prenante et sympathique.

Lettre d’une inconnue

Je connaissais déjà l’intrigue de ce court roman. Il y a quelques temps, je suis en effet tombée complètement par hasard sur le film de 1948, avec Joan Fontaine. Et autant le dire : j’avais adoré. Lettre d’une inconnue relate l’histoire d’une toute jeune fille qui tombe sous le charme de son nouveau voisin, un pianiste amateur de soirées mondaines et de femmes. Les années passent. Elle passera sa vie à l’épier, à l’attendre, à rougir lorsqu’elle le croise, pour enfin réussir à lui parler. Elle fera ainsi sa connaissance alors même qu’elle connait déjà tout de lui. La nouvelle démarre par la réception d’une lettre, où cette jeune fille, devenue femme, confie à cet homme qu’elle aime tant tout son amour, mais aussi les tourments endurés par une passion amoureuse non réciproque.

On a un tel sentiment de compréhension face à cette femme magnifique qui se livre entièrement, presque avec pureté. J’ai autant eu envie de lui crier d’oublier cet homme qui n’en vaut pas la peine, que j’en ai voulu à notre pianiste volage et inconstant. Mais non, notre inconnue préférera se taire et souffrir en silence face à l’humiliation d’être comme inexistante aux yeux de cet homme, plutôt que de lui avouer son secret. Un texte sublime, à découvrir de toute urgence.

La ruelle au clair de lune

Avec cette nouvelle, nous retrouvons à nouveau la thématique de la souffrance face à un amour malheureux. Le narrateur, un voyageur allemand, se retrouve seul en pleine nuit, dans une ville portuaire française. Exténué, il chemine à travers les ruelles sombres jusqu’à se retrouver dans un petit bar des bas-fonds de la ville. Il y fait alors une rencontre surprenante : celle d’un homme sale, au physique usé qui se retrouve raillé et humilié par une femme qui vend ses charmes (celle-ci n’est autre que son ancienne épouse). Quelques minutes plus tard, notre narrateur se retrouve suivi au détour d’une rue. Ce n’est autre que cet homme malheureux qui souhaite alors se confier, et se raconter à travers une ancienne histoire d’amour. Les dernières lignes du récit laissent entrevoir la possibilité d’un drame, que le narrateur est sur le point d’ignorer…

Avec La ruelle au clair de lune, nous sommes une nouvelle fois en plein cœur d’une histoire triste. Je crois que j’ai eu plus de mal car je n’ai réussi à prendre parti ni pour cet homme, anciennement riche et aujourd’hui vagabond, ni pour cette femme qui n’a de cesse de l’humilier. J’ai pour autant aimé suivre cette intrigue. On finit par comprendre que chaque personnage porte ses propres souffrances. Mais je ne sais pas si cette nouvelle restera dans les annales me concernant. Je lui préfère mille fois Lettre d’une inconnue.

Extraits …

(Lettre d’une inconnue) « Rien n’existait pour moi que dans la mesure où cela se rapportait à toi ; rien dans mon existence n’avait de sens si cela n’avait pas de lien avec toi. »

(Lettre d’une inconnue) « C’est alors que son regard tomba sur le vase bleu qui se trouvait devant lui sur le bureau. Il était vide, vide le jour de son anniversaire pour la première fois depuis des années. Il tressaillit : ce fut pour lui comme si une porte s’était brusquement ouverte quelque part et qu’un courant d’air glacial venu d’un autre monde s’engouffrait dans sa chambre silencieuse. Il sentit la mort et sentit un amour immortel : au plus profond de son âme quelque chose s’épanouit, et la pensée de l’absente persista, obsédante et insaisissable, comme une lointaine ritournelle. »

(La ruelle au clair de lune) « La robe était aussi mise avec négligence ; la voix était brûlée, rauque de tabac et de bière. Dans tout cela, je devinais un être fatigué, ne vivant plus que par habitude et mécaniquement. »

Publicités