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9782253122760

Éditions Le livre de poche, 2014 (407 pages)

Ma note : 11/20

Quatrième de couverture …

Quand Edith Lavery, une jeune roturière pleine d’ambition, conquiert le cœur d’un des célibataires les plus convoités de l’aristocratie anglaise, le comte Charles Broughton, sa mère et elle sont folles de joie. Une fois devenue comtesse Broughton, Edith ne tarde pas à se lasser des interminables parties de chasse et des thés de bienfaisance chapeautés par sa terrible belle-mère, Googie. C’est alors qu’elle tombe dans les bras de Simon Russel, un acteur de seconde zone.
D’une intrigue classique à mi-chemin entre Cendrillon et Madame Bovary, Julian Fellowes tire une satire réjouissante des mœurs de l’aristocratie anglaise.

La première phrase

« Je ne sais pas vraiment comment Isabel Easton en est venue à prendre Edith Lavery sous son aile. Sans doute avaient-elles une amie commune ou siégeaient-elles ensemble à un comité, à moins qu’elles ne fréquentent le même coiffeur. »

Mon avis …

Producteur et scénariste de la série Downton Abbey (que j’aime beaucoup), Julian Fellowes est également le père de plusieurs romans, publiés dans les années 2000. Avec Snobs, l’auteur entreprend de nous expliquer les codes et les subtilités de langage d’une société qu’il ne connaît que trop bien : l’aristocratie anglaise. Cet écrit n’échappe pas à un portrait satirique, peint au vitriol, de la noblesse des années 1990. Si j’ai apprécié le choix de Julian Fellowes quant à s’intéresser cette fois-ci aux mœurs de la haute société actuelle (et non plus à ceux de l’aristocratie du début du siècle), j’ai en revanche moins accroché aux personnages… Ils ne manquent pour autant pas de piquant, mais je n’ai pas réussi à me passionner plus que ça pour leurs histoires et devenirs. Dommage. J’ai trouvé Edith froide et égoïste, Charles plutôt faible et naïf, et qu’est-ce que j’ai trouvé ça agaçant… ! Même s’il est bien sûr facile de considérer leurs actes confortablement assise, une tasse de thé à la main. Du côté de la satire, le contrat est en revanche parfaitement rempli. J’ai également apprécié découvrir quelques petites notes d’humour distillées au compte-gouttes. Disons qu’il m’aura peut-être tout simplement manqué le portrait d’une héroïne attachante, à la manière de celles apparaissant dans les romans de Jane Austen, associé au ton satirique que l’auteur maîtrise ici plutôt bien. J’ai donc été déçue par cette lecture. Mais je ne doute pas qu’elle saura plaire à d’autres personnes.

Edith Lavery est une jeune femme ambitieuse et pleine d’esprit. Lorsque Charles Broughton la remarque, lors d’une visite sur le domaine Broughton, c’est décidé : un mariage est organisé. Edith est folle de joie. Elle ne se sent pas amoureuse mais trouve à son fiancé un certain charme. Elle pense alors que des sentiments viendront (peut-être) plus tard. Quelques parties de chasse, rencontres mondaines décevantes et désillusions plus tard, le vernis craque : ce nouveau monde dans lequel Edith fait son entrée n’est peut-être pas si idyllique qu’elle le pensait. La jeune femme doit pour autant s’adapter, et faire bonne figure, et ce malgré de nombreux nuages sur son quotidien. Un mariage sans amour. Une vie sexuelle chaotique. Une belle-mère qui la méprise. Et surtout un ennui mortel qui la fera sombrer dans la mélancolie. Un divorce serait extrêmement mal vu et du plus mauvais goût… C’est précisément à cet instant qu’un acteur, marié, volage, croise son chemin.

Mis à part le côté satirique, le personnage de lady Uckfield (Googie), belle-mère d’Edith, constitue selon moi l’autre bonne surprise de ce roman. Je n’ai pas pu m’empêcher de la comparer à notre lady Crawley de Downton Abbey. Julian Fellowes a également eu la très bonne idée de faire figurer un narrateur, ami d’Edith, mais qui servira surtout à construire un pont entre les différents protagonistes. Ma note de deux sur cinq est donc principalement à relier au personnage d’Edith… De même qu’au message proposé par l’auteur à la fin du roman (trop pessimiste à mon goût). J’ai en effet été déçue par le dénouement. Si Charles m’a paru faible (bien que touchant car surtout très amoureux), je ne m’attendais pas à un final de cette envergure. J’aurais peut-être souhaité qu’il en soit tout autrement. Je n’ai pas non plus accroché au message de Julian Fellowes selon lequel le bonheur n’est pas si accessible… Plutôt cynique. Du moins, je l’ai pris comme tel.

Pour résumer, un roman divertissant qui réserve quelques jolies surprises : le côté satirique plutôt intéressant, le personnage de lady Uckfield, la présence d’un narrateur neutre. Malgré tout, je n’ai pas accroché. Je n’ai pas réussi à ressentir une once d’empathie pour Edith. J’aurais également préféré terminer l’intrigue sur une autre tonalité.

Extraits …

« – Tu ne vas donc jamais me demander si je suis heureuse ? dit Edith, d’un ton provocant.
– Non.
– Eh bien, je vais te le dire quand même, dit-elle en coupant un bouton de rose à peine éclos pour l’accrocher à la boutonnière de ma chemise. En fait, je suis assez heureuse.
Je ne lui demandai pas ce qu’elle voulait dire exactement. J’étais content de la savoir assez heureuse. Assez, c’est déjà beaucoup plus que la plupart des gens dans mon carnet d’adresses. »

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