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Éditions Le livre de poche, 2004 (161 pages)

Ma note : 13/20

Quatrième de couverture …

Les Éditions de Minuit ont été conçues par Vercors à l’automne 1941 et créées par lui avec Pierre de Lescure. Le silence de la mer est le premier titre à y être publié. Une vingtaine d’autres suivront jusqu’à la Libération, mais c’est le texte inaugural de Vercors qui connaît le plus grand retentissement. Cette sobre histoire, où une famille française s’oppose par le silence à l’officier allemand qu’elle a été obligée de loger, est un plaidoyer implacable contre la barbarie hitlérienne. Sous la calme surface des eaux, c’est la terrible « mêlée des bêtes dans la mer » qui se trouve soudain révélée, et toute « la vie sous-marine des sentiments cachés, des désirs et des pensées qui se nient et qui luttent ».
Les récits qui accompagnent ici Le silence de la mer ont une portée peut-être moins complexe mais tout aussi forte. Tous lancent un vibrant appel aux vertus d’un humanisme conscient de ses devoirs.

La première phrase

« Je n’ai pas encore très bien compris comment cela s’est fait, – en moi et en nous. D’ailleurs, je ne cherche pas. »

Mon avis …

1941. Jean Bruller, sous le pseudonyme de « Vercors », fonde avec Pierre de Lescure les Éditions de Minuit, maison d’édition clandestine. La nouvelle Le silence de la mer est publiée l’année suivante. Écrite sous l’Occupation, elle soulève de nombreuses thématiques (le courage ou encore l’amour pour son pays) tout en mettant en avant une forme de résistance : la résistance silencieuse. Cette édition regroupe plusieurs nouvelles écrites par Vercors. Elles dénoncent de diverses manières les horreurs de la seconde guerre mondiale.

Je ne peux pas vous le cacher, j’ai trouvé cette lecture difficile. L’écriture est belle, efficace. Mais plus que l’écriture, j’ai surtout été marquée par le poids et la force des mots utilisés par l’auteur. On ne peut s’empêcher de penser combien Vercors aura risqué sa vie en les faisant publier. Parmi les huit nouvelles regroupées dans cette édition, deux me resteront sûrement longtemps en tête : Le silence de la mer et Ce jour-là. Comme je vous le disais, il m’a été difficile d’arriver au bout de ce livre, je ne peux donc pas dire que j’ai réellement apprécié cette lecture. Malgré tout, celle-ci s’avère intéressante, et même indispensable, dans le sens où elle prend comme la valeur d’un témoignage et fait partie de notre Histoire à tous. En 1942, mes grands-parents n’étaient encore que de très jeunes enfants. Mon arrière-grand-mère, celle que j’ai eu la chance de connaître jusqu’à mon adolescence, avait 25 ans.

Ce recueil comprend huit nouvelles : Désespoir est mort, Le silence de la mer, Ce jour-là, Le songe, L’impuissance, Le cheval et la mort, L’imprimerie de Verdun, La marche à l’étoile.

Le silence de la mer

Hiver 1940. Un vieil homme et sa nièce voient une partie de leur maison réquisitionnée, et ce afin de loger un officier allemand. Très vite, un contrat implicite lie nos deux protagonistes : ils ne peuvent directement s’opposer à la présence de cet homme, ils feront donc le choix de l’ignorer, de ne pas du tout lui adresser la parole. De son côté l’officier allemand, Werner von Ebrennac, n’est pas un militaire de carrière. Il aime la France, croit en l’idée d’une Europe unifiée. Chaque soir, un rituel s’impose de lui-même, notre officier fait en sorte de partager les soirées de l’oncle et de sa nièce (avec la symbolique d’une tentative de rallier deux peuples en guerre, que tout oppose).

Le texte est court, mais poignant et émouvant. Je vous conseille de même son adaptation qui date de 2004. La fin de la nouvelle témoigne d’une prise de conscience d’un des personnages, pour en arriver à une terrible désillusion, à un point de non retour.

Ce jour-là

Plus implicite que la précédente, cette nouvelle met en scène le quotidien d’une famille : un couple accompagné d’un enfant. Lorsque le père de famille entraîne très rapidement son enfant hors de la maison, prétextant une promenade, son fils ne comprend pas la raison d’une telle précipitation. Sur le chemin du retour, la jardinière qui avait été posée près d’une fenêtre n’est plus. Ce jour-là met en scène toute l’horreur de l’arrestation, avant la déportation.

Encore une fois, la nouvelle est courte. Mais ce récit est sans aucun doute l’un de ceux qui m’aura le plus touchée. L’emploi des termes « le petit garçon », « Maman », « Papa » nous permet certainement de nous identifier d’autant plus facilement aux personnages.

Ces nouvelles offrent un regard très différent selon le récit concerné. Elles sont toutes bouleversantes, souvent dures. Elles permettent pour autant de nous apporter un éclairage autre que celui dispensé par les manuels scolaires. Car les personnages esquissés par Vercors ne nous semblent pas si éloignés de nous, malgré le temps qui passe. Pour ces différentes raisons, je ne peux donc que conseiller ce recueil de nouvelles.

Extraits …

(Le silence de la mer) « Il était parti quand, le lendemain, je descendis prendre ma tasse de lait matinale. Ma nièce avait préparé le déjeuner comme chaque jour. Elle me servit en silence. Nous bûmes en silence. Dehors luisait au travers de la brume un pâle soleil. Il me sembla qu’il faisait très froid. »

(Ce jour-là) « Le petit garçon vit tout de suite que le pot de géranium n’était plus à la fenêtre de la cuisine. Papa aussi, sûrement. Parce qu’il s’arrêta en serrant la petite main dans la sienne, plus fort que jamais, et il dit : « Ça y est, je m’en doutais. » »

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