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9782253016724-T

Éditions Le livre de poche, 2012 (607 pages)

Ma note : 14/20

Quatrième de couverture …

Élevé à la mort de ses parents, par sa redoutable sœur, Pip semble promis à l’existence obscure d’un jeune villageois sans fortune. Mais il a le privilège de vivre au milieu de créatures singulières dont l’existence seule accrédite la croyance au miracle : son beau-frère, le forgeron Joe Gargery au sourire débonnaire, Abel Magwitch, le forçat au grand coeur, émule de Jean Valjean et, surtout, la pittoresque Miss Havisham et son éblouissante protégée, Estella. Estella au nom prédestiné, dont la froide et fascinante beauté exalte et désespère tout à la fois le jeune Pip.
Les « grandes espérances » qui portent le jeune garçon ne sont pas les aspirations prosaïques de l’Angleterre victorienne, sa recherche du confort ou de la respectabilité, mais bien les puissances du rêve qui nous font chercher le bonheur au-delà de la sagesse.

La première phrase

« Le nom de famille de mon père étant Pirrip, et mon nom de baptême Philip, ma langue d’enfant ne put jamais former de ces deux mots rien de plus long et de plus explicite que Pip. »

Mon avis …

Recueilli par sa sœur, le petit Pip est élevé durement. Son avenir semble déjà tout tracé : il reprendra la forge de Joe, son beau-frère. Les aspirations de notre héros changent brusquement lorsqu’il rencontre Miss Havisham, une noble dame qui semble le prendre sous son aile. Il est alors invité à plusieurs reprises à Satis House, afin de divertir son excentrique bienfaitrice. C’est là qu’il rencontre la jolie Estella, la fille adoptive de Miss Havisham. Dés lors, de profonds sentiments émergent chez le jeune garçon.
Seulement au moment décisif où Pip espère que l’on fasse son éducation (souhaitant ainsi s’élever davantage et plaire à Estella), Miss Havisham décide de payer son apprentissage de forgeron auprès de Joe. Pip n’a d’autre choix que de retourner à la forge, auprès des siens. Des années plus tard, un avocat londonien, Mr Jaggers, lui apprend cependant qu’une forte somme l’attend. Celle-ci aurait été léguée par un bienfaiteur anonyme. C’est la période des « grandes espérances ». Pip s’installe à Londres, devient un gentleman. Mais qui se cache derrière l’identité de son mystérieux donateur ? Certainement Miss Havisham, le jeune homme en est persuadé. Dés lors un avenir riche de promesses semble s’ouvrir devant lui.

Cette lecture marque ma première rencontre avec le grand Charles Dickens. J’avais été séduite par une version de la BBC reprenant l’intrigue imaginée par l’auteur. Aussi je n’avais qu’une hâte : me procurer le roman, me délecter de ma lecture. Charles Dickens semble avoir un don pour mettre en scène des personnages denses et fascinants. J’ai eu comme l’impression de les voir évoluer sous mes yeux tellement les descriptions de l’auteur se montrent fines et parlantes. Je crois avoir aimé de nombreux personnages (chose assez rare pour être soulignée). Pip. Joe, le forgeron illettré au grand cœur. Herbert, l’ami fidèle et plein de sagesse. Et que dire de Miss Havisham en éternelle fiancée fantomatique, ou encore de Magwitch, un terrible forçat qui se révèle finalement attachant au fil des pages. J’ai été marquée par toute cette galerie de personnages, je ne les oublierai pas de sitôt.

Maintenant que dire de la construction en elle-même. Je crois que j’ai moins accroché à cet aspect. « De grandes espérances » est un roman qui peut parfois paraître long, très long. Disons que cette lecture a été marquée par une alternance entre des passages que j’ai littéralement dévorés, par lesquels je me suis sentie captivée et d’autres… où je me suis ennuyée ferme. Surtout au niveau des passages mettant en scène Mr Jaggers, l’oncle Pumblechook ou encore Wemmick. J’ai cependant apprécié le principe même de ce roman d’apprentissage. En nous racontant son histoire depuis l’enfance, Pip nous livre les ressorts de ses décisions, les bonnes comme les mauvaises. Il tente lui-même de tirer des leçons de ses erreurs, parfois en vain… Mais finalement, chaque personnage possède ses travers. Les éléments de vie de chacun seront d’ailleurs hautement liés aux décisions, à la personnalité de chacun des protagonistes.

Pour résumer, j’ai adoré me plonger dans ce roman pour sa galerie de personnages, et bien sûr pour la plume enchanteresse de Charles Dickens. J’ai moins accroché à la longueur de certains passages (parfois interminables), ainsi qu’à sa tonalité mélancolique dont j’ai eu du mal à me défaire. Ce roman est pour autant incroyable par son intrigue, et par toute la réflexion qu’il est en mesure d’apporter sur l’identité, sur le destin. Malgré ses défauts, je trouve qu’il s’agit d’un roman extrêmement fort. Dans le sens où l’on ne peut en ressortir indemne et sans questionnements. Le personnage fantasque, mais brisé, de Miss Havisham me restera longtemps en mémoire.

Si vous en avez l’occasion, je ne peux que vous conseiller de lire « De grandes espérances ». L’adaptation proposée par la BBC en 2011 est également réussie (je l’ai peut-être même préférée au roman…). Gillian Anderson y campe une Miss Havisham angoissante à souhait.

Extraits …

« Mon père avait pour principe qu’un homme qui n’est pas vraiment gentleman par le cœur, n’a jamais été, depuis que le monde existe, un vrai gentleman par les manières. Il disait aussi qu’aucun vernis ne peut cacher le grain du bois, et que plus on met de vernis dessus, plus le grain devient apparent. »

« Je vis bien vite que tout ce qui aurait dû être d’une blancheur extrême avait été blanc il y a longtemps, avait perdu tout son lustre, et était fané et jauni. Je vis que dans sa robe nuptiale la fiancée était flétrie, comme la robe, comme les fleurs, et qu’elle n’avait conservé rien de brillant que ses yeux caves. »

« – Ne plus penser à vous ! Mais vous faites partie de mon existence, partie de moi-même. Je n’étais qu’un petit garçon bien ordinaire lorsque je suis venu ici pour la première fois, mais vous avez blessé mon coeur. Depuis ce jour, vous avez été dans chaque ligne des livres que j’ai lus. Vous avez été dans chaque chose que j’ai vue. Sur la rivière, sur les voiles des vaisseaux, sur les marais, dans les nuages, dans la lumière, dans l’obscurité, dans le vent, dans la mer, dans les bois, dans les rues, vous étiez et vous êtes présente, Estella. Vous êtes l’incarnation de mes plus belles rêveries. »

Roman lu dans le cadre du Challenge Myself 2015

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