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9782253020509-T

Éditions Le livre de poche, 2015 (151 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

Dans le sud-ouest de l’Angleterre, au début du XIXème siècle, quatre destins de femmes meurtries par l’amour : amour impossible pour un soldat étranger, amour ensorcelé pour un violoniste de village, amour contrarié par un fils trop rigide, amour rêvé pour un homme jamais rencontré… Comme dans Tess d’Uberville et Jude l’obscur, Thomas Hardy conte à merveille dans ces courts textes les tourments de l’âme féminine et la brutalité d’une société où le sentiment n’a pas sa place.

La première phrase

« Ici s’étendent les collines ; vertes, élevées, ventées, absolument inchangées depuis ces jours mémorables. »

Mon avis …

Ce recueil de quatre nouvelles constitue pour moi une immersion dans l’univers de Thomas Hardy. Vous vous en souvenez peut-être, j’ai été grandement séduite par l’adaptation ciné de « Loin de la foule déchaînée » ! Aussi il me semblait logique, sinon indispensable, de découvrir cet auteur de génie. Et… malgré une petite pointe d’appréhension, je n’ai absolument pas été déçue. Cette lecture est un quasi coup de cœur, tant j’ai été charmée par le récit de ces quatre destins féminins. Thomas Hardy possède une plume fine. Les portraits de ses personnages sont parfois amers, les passions contrariées, les vécus difficiles. Un écrivain plutôt pessimiste donc. Il faut aimer, et c’est peut-être précisément ce point qui fait que je suis passée à un brin (seulement) du coup de foudre. Malgré tout, on sent que l’auteur aime ses personnages. Les désirs, les rêves de ses héroïnes sont ainsi esquissés avec délicatesse. Il réussit tout autant à nous amener là où on l’attend pas. Je recommande donc ce recueil aux amoureux de la littérature britannique du XIXème siècle, de la campagne anglaise. Mes nouvelles préférées restent Le hussard mélancolique de la Légion germanique ainsi qu’Une femme d’imagination.

Ce recueil comprend quatre nouvelles : Le hussard mélancolique de la Légion germanique, Le veto du fils, Le violoniste des contredanses, Une femme d’imagination.

Le hussard mélancolique de la Légion germanique

Phyllis, une jeune femme solitaire, se retrouve confrontée à un choix cornélien. Promise à un homme qu’elle n’aime pas, elle finit par tomber passionnément amoureuse d’un soldat étranger. Il lui faut alors faire un choix, ce qui conditionnera son existence toute entière. Si cette nouvelle présente une certaine tension dramatique, je me suis réellement attachée à Phyllis (en me demandant quel choix j’aurais été en mesure d’effectuer à sa place notamment). Cette nouvelle est l’une de mes préférées de ce recueil. Je ne peux que vous la conseiller.

Le veto du fils

Cette nouvelle nous conte la vie de Sophy, invalide depuis un accident. Lorsqu’elle tente de recouvrer ses forces, le pasteur qui l’employait en tant que gouvernante lui propose de l’épouser. La jeune femme accepte, mais renonce alors à l’amour de Sam, le jardinier. Lorsque ce dernier refait surface dans sa vie des années plus tard, leurs milieux sociaux sont éloignés. Tyrannisée par son fils, Sophy semble alors renoncer à l’amour, par peur du qu’en-dira-t-on. J’ai trouvé cette nouvelle plutôt cruelle. Dans l’ordre de mes préférences, c’est certainement celle qui se retrouverait en dernière position. Même si jusqu’à la fin de la nouvelle, le lecteur ne peut se douter du dénouement qui l’attend.

Le violoniste des contredanses

Lorsqu’elle entend la musique d’un curieux violoniste, Caroline ne contrôle plus ni son corps ni son âme. Se sentant éprise et soumise à cet étrange ressenti, la jeune femme peine à construire une vie stable, sans penser à ce musicien qui l’obsède. Les années passent, leurs routes seront amenées à se recroiser… J’ai beaucoup aimé cette nouvelle. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux intrigues de Stefan Zweig, avec ce semblant d’amour fou, obsédant, que rien ne semble expliquer. Si j’ai eu beaucoup de mal à comprendre Caroline (comme l’héroïne de « Vingt-quatre heures de la vie d’une femme » de Zweig), j’ai pris plaisir à découvrir le dénouement de cette étrange intrigue.

Une femme d’imagination

Ma nouvelle préférée du recueil. Nous y faisons la connaissance d’Ella, qui se retrouve pour l’été dans une station balnéaire. Une maison a été louée pour l’occasion. Malheureuse dans son mariage, rêvant de pouvoir s’évader, Ella tombe amoureuse d’un jeune poète… qu’elle découvre uniquement à travers ses écrits, ainsi qu’un portrait. Elle se met alors à chérir chaque objet qui lui appartient et ne rêve que d’une chose : le rencontrer. L’héroïne de cette nouvelle est absolument touchante. Le final est plutôt inattendu. J’ai adoré !

En bref, l’écriture de Thomas Hardy est sublime. Ces quatre femmes si différentes n’hésiteront pas à se défaire du droit chemin : pour rêver, désirer une toute autre vie (parfois dangereuse), alors que leur quotidien actuel nous semblait paisible et confortable.

Extraits …

(Le hussard mélancolique de la Légion germanique) « Phyllis avait ainsi mobilisé tout son courage pour s’assurer une force d’âme exceptionnelle quand apparut, quelques minutes plus tard, la silhouette de Matthaüs Tina derrière la barrière d’un champ ; il la franchit d’un bond léger tandis que Phyllis avançait. Impossible de se dérober à son étreinte : il la serra sur sa poitrine.
« Pour la première et la dernière fois ! » pensa-t-elle éperdument, nichée dans le cercle de ses bras. »

(Une femme d’imagination) « Sa longue contemplation du portrait la plongea dans la méditation. A la fin, ses yeux se remplirent de larmes et elle effleura le carton des lèvres. Puis elle se mit à rire, sur un ton de gaieté nerveuse, et s’essuya les yeux.
Était-elle immorale, songeait-elle, elle, une femme mariée, mère de trois enfants, de laisser vagabonder son esprit vers un étranger de si déraisonnable façon ? »

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