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Éditions Le livre de poche, 2011 (223 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

Les fantômes whartoniens se glissent dans ces interstices de silence oppressant, minéral ou granitique, dans ce « trou, béant, surgi soudain dans notre expérience ». Ils n’effraient plus, comme les fantômes anciens, par leurs apparitions spectaculaires et leur attirail gothique, mais par leur passage secret et discret, le frôlement furtif de leur « immense absence » et de leur palpable présence, en bas de l’escalier, derrière la porte de la bibliothèque, ou bien à l’autre bout de la table – si près qu’on pourrait presque les toucher.

La première phrase

« Vous devriez l’acheter, dit mon hôte ; c’est l’endroit rêvé pour un diable de misanthrope tel que vous. »

Mon avis …

Ce recueil de nouvelles signe ma rencontre avec la romancière américaine Edith Wharton. Et quelle rencontre, c’est un quasi coup de cœur ! Entre fantastique et romantisme noir des sœurs Brontë, j’ai littéralement dévoré ces cinq récits. Vous commencez peut-être à mieux me connaître, je suis souvent friande des histoires mettant en scène des fantômes, une atmosphère surnaturelle. Si je n’ai pas été déçue par l’intrigue des cinq nouvelles, j’ai surtout accroché à la plume de l’auteure. L’ensemble est extrêmement bien écrit. Edith Wharton parvient à installer une ambiance mystérieuse et pesante, jouant tantôt sur les désirs et vieux démons de ses protagonistes, tantôt sur le passé et l’héritage de vieilles demeures remplies de secrets. Le lecteur se trouve alors transporté sur les terres d’un ancien seigneur breton ou encore dans le Dorset. Mes nouvelles favorites sont Kerfol, Le miroir et Après coup.

Ce recueil comprend cinq nouvelles : Kerfol, Les yeux, Ensorcelé, Le miroir, Après coup.

Kerfol

Bretagne. Une vieille demeure isolée, hantée par une curieuse meute de chiens. Lorsque le protagoniste, un tout jeune homme, visite cet ancien manoir breton sur les conseils d’un ami, il n’envisage alors pas une seule seconde ce qu’il est sur le point de découvrir. Un seigneur violent et possessif. Une jeune épouse malheureuse. Le procès d’Anne de Cornault lui fera passer une nuit blanche. J’ai tout simplement adoré cette nouvelle. J’ai toujours été fascinée par les châteaux, les manoirs mais surtout par leur Histoire, comme imprégnée dans les murs. Si la première partie de la nouvelle n’est pas forcément effrayante, la seconde nous présentant le vécu d’Anne de Cornault est tout aussi déroutante que révoltante.

Les yeux

Une bibliothèque, une ambiance feutrée. En pleine nuit, l’hôte d’une soirée raconte à ses vieux amis un récit absolument terrifiant. Un soir, des yeux fixes et menaçants lui seraient apparus alors même qu’il aurait été couché dans son lit. Malgré la fuite vers d’autres lieux, d’autres pays, les yeux sont là et ne disparaissent jamais. Si ce n’est pas ma préférée du recueil, cette nouvelle est certainement la plus angoissante…

Ensorcelé

Mrs Rutledge est extrêmement lasse, mais inquiète. Son mari serait ensorcelé. Car elle en est persuadée, celui-ci converserait parfois avec une jeune fille, morte depuis plusieurs années, dans une cabane située au bord d’un étang. J’ai peut-être été moins convaincue cette fois-ci. Si j’ai apprécié l’ambiance de cette nouvelle autour d’apparitions, d’un hiver blanc et vigoureux, je n’ai pas particulièrement apprécié son dénouement.

Le miroir

Pensant protéger Mrs Clingsland de nombreux charlatans, Cora entreprend de lui faire croire qu’elle est en mesure de communiquer avec un ancien amour de la vieille dame, qui serait décédé lors du naufrage du Titanic. Seulement les mensonges en cascade de Cora risquent fort de la mettre dans l’embarras. D’autant plus que la santé de la vieille femme semble comme reliée à ses fausses prédictions. Edith Wharton nous entraîne cette fois-ci dans l’univers de la médiumnité, très en vogue à l’époque. J’ai réellement apprécié suivre l’avancée de l’intrigue. Une nouvelle que je vous recommande.

Après coup

Un couple d’américains s’installe dans une vieille demeure relativement peu confortable. Leur projet premier : acheter une maison hantée. Si celle-ci se révèle en effet des plus étranges, une profonde angoisse ne s’installera qu’à partir de la disparition du mari, survenue alors même qu’un inconnu se soit introduit dans la demeure. Cette nouvelle est tout simplement ma préférée du recueil… Son atmosphère y est particulière. L’angoisse monte et se fait palpable.

En bref, j’ai donc été on ne peut plus séduite. Publiées entre 1910 et 1930, ces cinq nouvelles posent un pied dans le fantastique mais pas complètement. Edith Wharton décrit le plus souvent une société aisée. Au commencement, une situation ancrée dans la réalité. Puis tout bascule dans l’incompréhension voire l’inexplicable. J’ai d’ores et déjà hâte de retrouver l’auteure, dans le registre du roman cette fois-ci.

Extraits …

(Kerfol) « «– Eh bien, ces chiens sont les fantômes de Kerfol. Du moins, si l’on en croit les paysans, il est un jour de l’année où une bande de chiens y fait son apparition. Et le jour en question, le gardien et sa fille s’en vont à Morlaix, où ils s’enivrent. En Bretagne, les femmes boivent comme des trous. » Elle se pencha pour assortir un brin de soie avant de relever son charmant visage de Parisienne indiscrète. « Avez-vous vraiment vu une bande de chiens ? Il n’y en a pas un seul à Kerfol », déclara-t-elle ».

(Après coup) « Puis, soudain, elle fut saisie d’une vague peur de l’inconnu. Elle avait fermé la porte derrière elle en entrant, et tandis qu’elle se tenait là, seule dans la longue pièce silencieuse, sa peur sembla prendre son et forme, être là qui respirait, tapie dans les ombres. »

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