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9782226314765g

Éditions Albin Michel / Héloïse d’Ormesson, 2015 (437 pages)

Ma note : 15/20

Quatrième de couverture …

« J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley. » C’est par cette phrase que commence Rebecca, le roman de Daphné du Maurier porté à l’écran par Alfred Hitchcock.
Depuis l’âge de douze ans, Tatiana de Rosnay, passionnée par la célèbre romancière anglaise, fait de Daphné du Maurier un véritable personnage de roman. Loin d’avoir la vie lisse d’une mère de famille, qu’elle adorait pourtant, elle fut une femme secrète dont l’œuvre torturée reflétait les tourments.
Retrouvant l’écriture ardente qui fit le succès d’Elle s’appelait Sarah, vendu à plus de neuf millions d’exemplaires à travers le monde, Tatiana de Rosnay met ses pas dans ceux de Daphné du Maurier le long des côtes escarpées de Cornouailles, s’aventure dans ses vieux manoirs chargés d’histoire qu’elle aimait tant, partage ses moments de tristesse, ses coups de cœur, ses amours secrètes.
Le livre refermé, le lecteur reste ébloui par le portrait de cette femme libre, bien certaine que le bonheur n’est pas un objet à posséder mais un état d’âme.

Mon avis …

Après avoir reçu cette biographie de la hotte du Père Noël (cuvée 2015), c’est avec un grand plaisir que je me suis empressée d’en découvrir davantage sur le vécu de la grande Daphné du Maurier (1907 – 1989). Il faut dire que j’avais beaucoup aimé Les oiseaux, et que j’avais adoré Rebecca. Depuis, la romancière fait tout simplement partie de mes auteures préférées… De manière chronologique, Tatiana de Rosnay nous embarque dans la vie exceptionnelle de cette femme passionnée et mystérieuse. Si j’appréhendais mes retrouvailles avec Tatiana de Rosnay, ayant été déçue par ses écrits (Rose, Café Lowendal et autres nouvelles), je dois dire que cet écrit signe ma réconciliation avec l’auteure. Par des recherches fouillées, elle réussit ainsi le pari de nous transmettre foule de détails concernant le vécu de Daphné du Maurier, mais également de partager toute l’admiration qu’elle semble éprouver pour cette romancière de génie. Malgré quelques longueurs, il s’agit donc d’une biographie de qualité.

En découvrant peu à peu la vie de Daphné du Maurier, je n’ai pu m’empêcher de me dire que j’étais bien loin du compte. J’imaginais ainsi un portrait tout à fait différent de celui peint par Tatiana de Rosnay. Nous rencontrons ainsi une femme indépendante et affirmée. Daphné conduit, porte des pantalons, fréquente des garçons et n’hésite pas à affronter la solitude (ou plutôt à rechercher cette solitude tant appréciée) pour écrire, seule en Cornouailles. Tatiana de Rosnay ne se contente pour autant pas de nous dresser une simple fresque chronologique, mais explore la vie relationnelle, familiale et sentimentale de la romancière. Nous y retrouvons une forte complicité avec son père, le tant aimé sir Gerald du Maurier ; une relation plus complexe avec sa mère, Muriel Beaumont ; ou encore des traces de sa bisexualité (« Ferdie », Ellen Doubleday). Car aussi surprenant que cela puisse paraître, Daphné a toujours rêvé d’être un garçon. Mariée à l’officier sir Frederick Browning, Daphné aura pour autant trois enfants. L’écriture, la Cornouailles ou encore le domaine de Menabilly auront constitué ses plus grandes passions.

En bref, je ne peux que vous inviter à lire cette biographie ainsi qu’à découvrir le quotidien de cette grande dame de la littérature anglaise, aussi passionnée qu’étonnante. Si j’ai été (à nouveau) un petit peu moins convaincue par la plume de Tatiana de Rosnay, je trouve à l’auteure suffisamment de rigueur et d’investissement personnel (qui aura mis dix ans pour écrire cette biographie !) pour lui pardonner. Et surtout, on ressent un tel amour de sa part pour Daphné du Maurier… que finalement pour une biographie c’est aussi certainement le plus important, non ? 

Extraits …

« Être n’importe où, mais plus ici aux portes du désert, être sous la pluie, comme cela doit être divin, la bruine, légère et parfumée, être à Fowey, maintenant, avoir froid, frissonner, se pelotonner dans un épais manteau, marcher dans l’herbe verte et mouillée, respirer l’air pur, caresser l’écorce rugueuse d’un arbre, les pétales veloutés constellés de rosée, contempler la mer qui se déchaîne contre les falaises. Se promener devant Menabilly, poser ses mains sur les murs gris du manoir, ressentir ce frisson de plaisir intense. »

« Daphné fait partie de ces écrivains qui préfèrent regarder en arrière, pas de l’avant, qui sont capables de noircir des pages entières sur ce qui fut, un lieu, une trace, mettre des mots sur la fugacité de l’instant, la fragilité du souvenir qu’il faut embouteiller comme un parfum. »

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