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Éditions Le livre de poche, 2012 (253 pages)

Ma note : 13/20

Quatrième de couverture …

« Margaret prétend qu’elle veut épouser un peintre, dit Sylvia, en regardant sa fille avec compassion.
– Quoi ! s’écria la duchesse, un peintre ? Quel peintre ? A-t-on jamais entendu chose pareille ? La fille de lady Roehampton épouser un peintre ? Mais non, mais non…
Vous épouserez Tony Wexford, et nous verrons après ce qu’on pourra faire pour le peintre », ajouta-t-elle, en lançant à Sylvia un coup d’œil rapide.

Dans cette chronique grinçante de l’aristocratie anglaise du début du XXème siècle, Vita Sackville-West fait craquer sous les passions le vernis des bonnes manières.

La première phrase

« Il était monté sur le toit, non seulement parce que c’était, depuis des années, son passe-temps favori, mais parce qu’il n’avait pas d’autre moyen de fuir. »

Mon avis …

1905. Le roi Édouard, fils de Victoria et d’Albert, est maintenant sur le trône d’Angleterre depuis quelques années. Dans ce roman, Vita Sackville-West nous dresse le portrait du jeune Sébastien,  cinquième duc de Chevron. Viscéralement attaché au domaine de ses ancêtres, le jeune homme s’ennuie et rêve de fuir les mondanités. Pour des raisons sentimentales, il refusera pour autant d’échapper à un destin tout tracé… Entre la fin de l’époque victorienne et l’arrivée prochaine de la Grande Guerre, l’auteure nous décrit ici un monde en pleine mutation (même s’il l’ignore encore). Le mur des convenances n’a en effet pas dit son dernier mot, alors que nous nous retrouvons plongés dans l’aristocratie du début du XXème siècle. La plume élégante et sarcastique de Vita Sackville-West fait des étincelles. Je reste pour autant sur un ressenti mi-figue mi-raisin. Si j’ai apprécié me balader au cœur de cette époque si particulière, je n’ai pas réellement réussi à m’attacher aux personnages. Reste la plume de la romancière, intéressante à découvrir.

Sébastien. Léonard Anquetil. Viola. Lady Roehampton. Autant de personnages posant un regard bien différent sur la société aristocratique d’alors. Sauver les apparences. Éviter le scandale, quitte à perdre le grand amour. Fuir et se sauver du carcan des convenances pour la jeune génération. J’ai grandement apprécié suivre Vita Sackville-West au fil des pages. D’autant plus qu’à travers une galerie de personnages secondaires, les rapports entre aristocratie, classes moyennes et domestiques sont également passés au crible. Je n’ai pu m’empêcher de penser à Downton Abbey, la série réalisée par Julian Fellowes. J’ai pour autant eu des difficultés à terminer ce roman, le ton quelque peu cynique voire fataliste y est peut-être pour quelque chose ? Je ressors donc un brin déçue, mais heureuse d’avoir pu découvrir une grande romancière et voyager dans une période que j’affectionne tout particulièrement. 

Fille unique du troisième Lord Sackville et d’une danseuse espagnole (véritable mésalliance pour l’époque), Vita Sackville-West vit de sa plume avant de s’adonner à son autre passion sur la fin de sa vie : celle des roses et du jardinage. Paru en 1930, Au temps du roi Édouard devient rapidement un succès. Même si je n’ai pas été totalement emballée, il n’en reste pas moins que ce roman offre un regard réaliste sur la haute société britannique du début du XXème siècle.

Extraits …

« – Rien n’arrive, dit Sébastien avec violence ; les jours se suivent et se ressemblent tous.
– Les événements vont par série, répondit lady Roehampton ; rien n’arrive, comme vous le dites. Et puis, tout à coup, sans qu’on sache pourquoi, les événements se précipitent. C’est comme si la vie avait longtemps accumulé de l’énergie en vue d’un grand effort. »

« Ils se promenaient dans le jardin, montant et descendant l’allée qui longeait la maison. À travers les fenêtres filtraient une lumière jaune et le son d’une musique. Là-haut, le ciel était sombre et étoilé, et les arbres du jardin formaient une masse noire contre la ligne claire et tardive de l’horizon. »

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