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Éditions Folio, 2015 (188 pages)

Ma note : 15/20

Quatrième de couverture …

« J’avais été au cinéma, j’étais rentré et je m’étais mis au lit avec un grog au rhum et le dernier Simenon. C’était tellement mon idée d’une soirée confortable que je ne parvenais pas à comprendre le sentiment de malaise qui s’amplifia en moi au point que je pouvais entendre les battements de mon cœur… Le sentiment que l’on m’épiait. Que quelqu’un était dans la chambre. Puis il y eut une succession de coups secs sur la vitre, une apparition d’un gris spectral. Je renversai le grog. Il me fallut un certain temps avant que je me décide à ouvrir la fenêtre et à demander à Miss Golightly ce qu’elle voulait. »

L’histoire de Holiday Golightly, la cover-girl incarnée à l’écran par Audrey Hepburn.

La première phrase

« Je suis toujours ramené vers les lieux où j’ai vécu; les maisons et leur voisinage. »

Mon avis …

En regardant Breakfast at Tiffany’s il y a déjà quelques années, j’ai découvert deux choses : l’icône glamour Audrey Hepburn (que j’aime énormément depuis), une intrigue atypique menée tambour battant auprès d’une héroïne aussi superficielle qu’attachante. En plongeant dans la nouvelle de Truman Capote, je vous avoue que j’avais très peur de ne pas aimer (les critiques que j’ai lues étant pour le moins négatives). Finalement, la magie a une nouvelle fois opéré ! Je suis de plus séduite par la plume de l’auteur. Mon seul regret : le début ainsi que la fin de la nouvelle. Ils ne correspondent pas du tout à la version imaginée pour Hollywood… Dommage.

Ce recueil comprend quatre nouvelles : Petit déjeuner chez Tiffany, La maison de fleurs, La guitare de diamants, Un souvenir de Noël.

Petit déjeuner chez Tiffany

Le narrateur nous conte l’histoire d’Holly Golightly, une jeune femme qui fut sa voisine quelques années auparavant. Il s’agit de ma nouvelle préférée du recueil. S’il y a bien la plongée dans le New-York des années 50, j’aime particulièrement la manière dont l’auteur nous présente la complexité de son héroïne : à la fois forte et fragile, Holly est une femme libre. Libre de ses relations. Libre de s’échapper de sa famille. Libre de refuser une opportunité de carrière à Hollywood. Libre de rêver son mariage au Brésil. Si dans son personnage, je n’ai pas retrouvé l’élégance de la grande Audrey Hepburn, j’ai malgré tout pensé à l’actrice tout au long de ma lecture. Je trouve également à cet écrit une ambiance si particulière… J’ai adoré ! Malgré mon petit bémol quant au final.

La maison de fleurs

Truman Capote nous fait cette fois-ci voyager à Haïti. Ottilie est une jeune prostituée, qui finit par quitter la maison close qui l’emploie afin de suivre l’homme qu’elle vient d’épouser. Seulement sa belle-mère, considérée par les habitants comme une mystérieuse  sorcière, est loin de la porter dans son cœur. Il s’agit à nouveau d’une nouvelle que j’ai appréciée. Il faut en effet attendre les dernières lignes afin de connaître le choix d’Ottilie : reprendre son ancienne vie ou persévérer sur son choix, malgré de nombreux aléas. Si j’ai éprouvé quelques difficultés à m’attacher à l’héroïne, j’ai suivi cette nouvelle avec beaucoup de plaisir.

La guitare de diamants

Arrivé depuis peu en détention, un jeune musicien se fait rapidement respecter par les autres détenus. En cause : il fascine. Mais il y a surtout sa guitare de diamants. Le jour où il propose à un prisonnier de longue date de s’évader avec lui, les choses risquent de ne pas se dérouler comme prévu… Je retrouve à nouveau cette atmosphère si particulière aux écrits de Truman Capote. Chaque nouvelle y possède son ambiance et parvient à me toucher, chacune à sa manière. Si l’intrigue est pour moi plutôt passée au second plan, j’ai cette fois-ci trouvé qu’il s’y dégageait une certaine poésie. Certains passages sont vraiment très beaux.

Un souvenir de Noël

Cette dernière nouvelle relate la complicité unissant un enfant de sept ans à une vieille dame. La réalisation des cakes aux fruits, la décoration de la maison, la préparation des cadeaux. Je pense avoir moins apprécié cette nouvelle, j’y ai trouvé quelques longueurs. Celle-ci se fait pour autant infiniment touchante, malgré sa tristesse.

En bref, je peux dire que pour une première lecture, j’ai été séduite par Truman Capote. À la manière de Charles Dickens ou de Thomas Hardy, il distille du tragique dans le vécu de ses personnages. J’ai cependant apprécié son écriture ainsi que la poésie de certains passages.

Extraits …

(Petit déjeuner chez Tiffany) « Elle était à ce moment complètement entrée dans la chambre et s’y tenait debout, me fixant. Je ne l’avais jamais vue jusque-là sans ses lunettes noires, et je comprenais maintenant qu’elle les portait par ordonnance, car sans elles ses yeux avaient la loucherie de concentration des bijoutiers. C’étaient de grands yeux, un peu bleus, un peu verts, piquetés de brun; diaprés comme ses cheveux et répandant une vivante et chaude lumière. Je suppose que vous croyez que j’ai un fameux toupet, ou que je suis folle tordue, ou Dieu sait quoi.” »

Recueil de nouvelles lu dans le cadre d’une lecture commune avec Rose Prune, son avis prochainement.

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