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Éditions Le livre de poche, 2016 (383 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

Sans la connaître, Philip déteste cette femme que son cousin Ambroise, avec lequel il a toujours vécu dans leur beau domaine de Cornouailles, a épousée soudainement pendant un séjour en Italie. Quand Ambroise lui écrit qu’il soupçonne sa femme de vouloir l’empoisonner, Philip le croit d’emblée…
Le don du suspense psychologique propre à la célèbre romancière anglaise est particulièrement éclatant dans Ma cousine Rachel.

La première phrase

« Dans l’ancien temps, l’on pendait les gens au carrefour des Quatre-Chemins. »

Mon avis …

L’année dernière, je découvrais avec délice la plume fine et captivante de Daphné du Maurier. Et il faut dire que depuis, je n’ai qu’une envie : me plonger dans tous les écrits de cette grande dame de la littérature anglaise. Après avoir été éblouie par Rebecca (un de mes nombreux coups de cœur en 2015), avoir apprécié Les oiseaux et la jolie biographie rédigée par Tatiana de Rosnay (Manderley for ever), Ma cousine Rachel m’a à son tour happée

L’intrigue se concentre dans un premier temps sur la relation entre Philip et Ambroise. Orphelin depuis sa plus tendre enfance, Philip trouve en son cousin Ambroise (bien plus âgé que lui), un père de substitution. Inséparables, les deux cousins vivent dans un magnifique domaine niché dans les Cornouailles. Les années passent. L’âge commence à rattraper Ambroise. Face aux rhumatismes, le climat de la région n’arrange rien. Ambroise entreprend alors un long voyage à Florence, voyage au cours duquel il rencontre une jeune veuve : Rachel. De là, tout s’enchaîne. La célébration du mariage en Italie. Le déclin de la santé d’Ambroise, jusqu’à son décès… Juste avant de mourir, Ambroise rédigeait une curieuse lettre à son cousin, lui intimant l’ordre de venir tout de suite en Italie. « Rachel… mon tourment » sont ses derniers mots. Dès lors, Philip reste persuadé d’une chose : son cousin l’appelait au secours.

Si Ma cousine Rachel est un roman plutôt lent, j’ai adoré toute son atmosphère pleine de mystère, faussement paisible. Je retiendrai surtout mon incertitude face au personnage de Rachel. Car Daphné du Maurier parvient merveilleusement bien à souffler le chaud et le froid, et à fortement intriguer son lecteur. Rachel n’est-elle qu’une jeune veuve sincère, amoureuse, mais manipulée ? Ou au contraire, une femme machiavélique, fausse et rusée ? Et tout le génie de l’auteure est là : en refermant le roman, nous trouvons un écho à l’incipit glaçant qui annonçait à lui seul le ton de l’intrigue, mais avons-nous seulement une vraie réponse quant aux desseins de cousine Rachel ? Rien n’est moins sûr. Si je pense avoir mon avis sur la question, je serais curieuse de le partager avec les autres lecteurs de ce roman sombre et inquiétant. Quant à Philip… Disons que le lecteur souffre avec ce héros, tantôt touchant par son inexpérience et sa naïveté, tantôt agaçant par son côté impulsif et passionné.

En bref, j’ai adoré lire ce roman même si je pense lui avoir préféré Rebecca. Mais comme j’aime Daphné du Maurier ! J’aime les histoires qu’elle construit, ses personnages qui sèment le doute, ses univers sombres et inquiétants. Le personnage de Rachel ne me quittera pas de sitôt. J’ai hâte de retrouver l’adaptation cinéma de ce roman (prévue pour 2017).

Extraits …

« Depuis mon voyage à la villa, elle était devenue une espèce de monstre plus grand que nature. Ses yeux étaient d’un noir d’abîme, ses traits aquilins comme ceux de Rainaldi, et elle circulait à travers les salles moisies de la villa, silencieuse et sinueuse ainsi qu’un serpent. Je la voyais, alors qu’il avait rendu le dernier soupir, enfermant ses vêtements dans les malles, descendant ses livres, les derniers objets qu’il eût possédés, puis se glissant au-dehors, les lèvres serrées, et s’en allant à Rome ou à Naples à moins qu’elle ne se cachât dans cette maison des bords de l’Arno, souriante derrière les persiennes. »

« Philip, dit-elle.
Elle sourit et, tombant à genoux, me prit dans ses bras.
J’ai une barbe, dis-je.
Je ne pouvais m’empêcher de rire de cette folie, mais le rire me fit tousser. Aussitôt, elle me tendit un verre rempli d’un liquide amer qu’elle approcha de mes lèvres, puis, lorsque j’eus fini de boire, m’aida à me recoucher sur mes oreillers. »

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