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9782070360734

Éditions Folio, 2015 (190 pages)

Ma note : 10/20

Quatrième de couverture …

« J’ai pris du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre, quelque chose comme un de ces esprits de l’air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s’attacher, mais qu’il ne saurait être question de se soumettre. J’ai vu ses yeux de fougère s’ouvrir le matin sur un monde où les battements d’ailes de l’espoir immense se distinguent à peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur et, sur ce monde, je n’avais vu encore que des yeux se fermer. »

La première phrase

« Qui suis-je ? Si par exception je m’en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne reviendrait-il pas à savoir qui je hante ? »

Mon avis …

Publié en 1928, Nadja est un récit autobiographique relatant la rencontre entre l’auteur et une jeune femme fantasque. Entre Nadja et André Breton, se tisse rapidement une relation très particulière mêlant fascination et vénération.

Quel récit curieux ! S’il s’agissait pour moi d’une première plongée dans le courant du surréalisme, je n’ai malheureusement pas été séduite pour un sou. Autant vous l’avouer, j’ai eu beaucoup de mal à apprécier l’écriture d’André Breton ou tout du moins ce que celle-ci dégage (un certain degré de suffisance ?). J’avais eu le même problème avec Edgar Poe… Au-delà de cet aspect, j’étais impatiente de retrouver le climat propre aux Années Folles à travers un récit de vie. De ce côté-là, André Breton parvient très bien à nous faire vivre le contexte de l’époque. Dîners, œuvres d’art, cinéma, pièces de théâtre, l’appartenance de l’auteur à un milieu plutôt intellectuel, ses rencontres et ses amitiés avec de grands noms de la littérature. Ces quelques descriptions m’ont beaucoup appris sur ce que fut la vie d’André Breton en tant qu’écrivain, mais aussi sur la manière de vivre (des personnes de son milieu) dans les années 20.

La seconde partie du récit se concentre sur la rencontre de l’auteur avec Nadja. Et c’est à partir de là que les choses se gâtent… Car j’ai eu du mal à croire en cette relation, à cette fascination entre deux êtres dès le premier regard. Je suis mal placée pour juger leur relation (et je n’en ai pas le droit). Simplement, à la place d’André Breton, je crois bien que je me serais tout simplement enfuie à toutes jambes (pour me protéger). Nadja est une jeune femme attachante, mais aux idées délirantes. Elle parle beaucoup, présente des hallucinations visuelles, est soumise à de nombreuses angoisses. Je peux comprendre que cette rencontre ait été marquante pour André Breton, mais je ne suis pas certaine qu’en la rencontrant André Breton avait pleinement conscience de la détresse de cette femme : cette question m’est revenue sans arrêt au cours de ma lecture. Pour le coup, je crois que ce détail n’a pas non plus contribué à rendre cette lecture agréable.

Nadja fut donc une lecture plutôt difficile au premier abord. Heureusement, de nombreuses photographies relatives à certains endroits de Paris appréciés par l’auteur, de nombreux dessins réalisés par Nadja elle-même parviennent à rendre cette lecture un peu plus concrète. Même si ce ne fut pas un coup de cœur, je dois reconnaître que j’ai au moins appris énormément de choses avec ce récit. J’ai pu découvrir la plume d’André Breton. J’y ai trouvé une illustration du Paris des années 20. Je me suis intéressée au destin de Léona Delcourt (qui se surnommait elle-même Nadja). Et même si je n’ai pas été séduite par la plume de l’auteur, j’y ai rencontré certains passages d’une grande beauté.

Extraits …

« Par-delà toutes sortes de goûts que je me connais, d’affinités que je me sens, d’attirances que je subis, d’évènements qui m’arrivent et n’arrivent qu’à moi, par-delà quantité de mouvements que je me vois faire, d’émotions que je suis seul à éprouver, je m’efforce, par rapport aux autres hommes, de savoir en quoi consiste, sinon à quoi tient, ma différenciation. »

« Elle me dit son nom, celui qu’elle s’est choisi : Nadja, parce qu’en russe c’est le commencement du mot espérance, et parce que ce n’en est que le commencement.” »

« Sur le point de m’en aller, je veux lui poser une question qui résume toutes les autres, une question qu’il n’y a que moi pour poser, sans doute, mais qui, au moins une fois, a trouvé une réponse à sa hauteur : Qui êtes-vous ? Et elle, sans hésiter : Je suis l’âme errante.” »

« Quelques instants encore elle me retient pour me dire ce qui la touche en moi. C’est, dans ma pensée, dans mon langage, dans toute ma manière d’être, paraît-il, et c’est là un des compliments auxquels j’ai été de ma vie le plus sensible, la simplicité. »

Récit autobiographique lu dans le cadre d’une lecture commune avec Rose Prune, son avis prochainement, et Onee-Chan (son avis ici).

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