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Éditions L’iconoclaste, 2015 (247 pages)

Ma note : 13/20

Quatrième de couverture …

« La nouvelle court les rues, les pas de porte et les métiers, on entend l’autre dire qu’il est mort le poète. Vient alors cette étrange collision des mots et de la vie, qui produit du silence puis des gestes ralentis au travail. L’homme qui leur a tendu un miroir n’est plus là. Tout s’amplifie, tout s’accélère. On dirait qu’en mourant, qu’en glissant vers l’abîme, il creuse un grand trou et y aspire son temps, sa ville… »

La mort de Victor Hugo puis les funérailles d’État qui s’annoncent déclenchent une véritable bataille. Paris est pris de fièvre.
D’un évènement historique naît une fable moderne, un texte intime et épique où tout est vrai, tout est roman.

La première phrase

« Ils ont peur déjà, le désordre vient si vite. »

Mon avis …

Mai 1885, la rumeur enfle. Depuis quelques jours, il se dit que le grand Victor Hugo est à l’agonie. Le 1er juin, s’organisent des funérailles nationales. L’immense poète et écrivain, mais également personnalité politique, est alors inhumé au Panthéon. Dans ce roman, Judith Perrignon nous en apprend davantage quant aux répercussions de cet évènement sur la société de l’époque. Une société en crise, où les tensions s’accumulent entre le monde ouvrier et la bourgeoisie.

Je suis globalement contente d’avoir pu découvrir ce petit livre (prêté par mon père). Car des écrits ou encore du vécu de Victor Hugo, je ne connaissais finalement que quelques bribes : son rôle politique au cours du XIXème siècle, son exil à Guernesey en réaction au coup d’État organisé par Napoléon III, certains détails de sa vie personnelle (sa liaison avec Juliette Drouet, le décès tragique de sa fille Léopoldine ou encore la folie d’Adèle). Grâce à Judith Perrignon, j’en ai donc énormément appris sur le contexte politique et social de cette année 1885. Et j’étais loin de m’imaginer l’impact que la mort du poète a pu avoir sur tout un chacun (les bourgeois, mais aussi les gens du peuple). Il faut quand même souligner que des milliers de personnes tenaient alors à lui rendre hommage !

De manière chronologique, Judith Perrignon décrit tout : des gros titres annoncés par les crieurs de journaux à la réaction des badauds, des politiques mais également des proches de Victor Hugo. Alors que les « travailleurs » ou encore les anciens de la Commune souhaitent rendre hommage au grand homme, la police et les politiciens craignent des émeutes : l’enterrement sera organisé un lundi, au grand dam du petit peuple qui réclamait qu’on enterre le poète un dimanche ou que le lendemain soit décrété jour férié.

Même si le Victor Hugo intime se retrouve fort heureusement dans ce livre, j’ai trouvé dommage que cet aspect ne soit pas encore plus mis en avant. Les relations d’Hugo avec Jeanne et Georges (ses petits-enfants), avec Alice (sa belle-fille remariée avec un ami de ses fils) ou encore Lockroyd (un brillant député) sont évoquées, oui, mais j’aurais aimé en savoir bien plus. Si l’aspect socio-politique de l’époque est majoritairement mis en lumière, je crois pour le coup m’être davantage intéressée aux liens unissant Victor Hugo à ses proches. J’en ressors donc forcément un brin frustrée, même si grâce à ce livre j’ai pu en apprendre énormément.

En bref, Victor Hugo vient de mourir s’avère être une lecture agréable, mais surtout instructive. La plume précise et soignée de Judith Perrignon ne gâche rien, bien au contraire. Grâce à ce livre, j’ai pu enrichir ma culture au niveau du contexte socio-politique des années 1880 (avec la thématique de la lutte des classes). J’aurais apprécié en découvrir davantage sur le Victor Hugo intime. Je pense donc me mettre très bientôt à une biographie. De même qu’il me reste à découvrir le Victor Hugo romancier : je compte me plonger dans Les Misérables ou dans Notre-Dame de Paris courant 2017.

Extraits …

« Plus personne n’est autorisé dans le vestibule. Victor Hugo soulève la tête puis retombe sans vie sur son lit. Il est une heure vingt-sept de l’après-midi.
Dans la chambre, une main s’approche de la pendule posée sur la cheminée et l’arrête. Après de longues minutes, tous s’écartent progressivement du corps, ils descendent au jardin cueillir des fleurs, des roses surtout, mais aussi des pensées, des feuillages verts, et toutes les corolles fraîchement ouvertes avec la floraison du printemps, ils en font des bouquets qu’ils déposent sur le lit.
D’elle-même, la foule dehors se range sur le trottoir opposé, elle dessine un demi-cercle face à l’hôtel. Les hommes se découvrent respectueusement. Les vieillards pleurent silencieusement. Des femmes se prennent le bras. Et la nouvelle part en trombe. »

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