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Éditions Au diable Vauvert, 2016 (148 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

À vingt ans, Charlotte envoie ses vers au plus grand poète de son époque. Mais justement l’époque victorienne ne lui est guère favorable. Implacable, le grand homme lui conseille de rester à sa place : à la maison ! Elle et ses deux petites sœurs, Emily et Anne, sont d’ailleurs priées de s’effacer devant leur frère aîné, Branwell, que leur père considère comme un génie. Mais le presbytère familial, la lande à perte de vue, le climat austère et surtout le désir inassouvi d’amours charnelles et grandioses leur inspireront les chefs-d’œuvre du romantisme anglais.

Mon avis …

Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent étant mes deux romans préférés de tous les temps, il me tardait d’ouvrir cette biographie signée Stéphane Labbe. S’il me reste encore à découvrir la plume de la plus jeune des sœurs Brontë (Anne), j’avais déjà eu un petit aperçu du vécu de la fratrie avec Le monde du dessous (recueil répertoriant quelques poèmes d’enfance, si peu connus). Ici, Stéphane Labbe nous brosse le portrait d’une famille unie mais heurtée par de nombreux drames. Tout y est : Haworth. Le presbytère isolé. Les landes battues par le vent. J’ai une nouvelle fois adoré retrouver les sœurs Brontë. J’y ai même appris de nombreux détails, comme le désintérêt de Charlotte pour les romans d’Anne dont elle fera peu d’éloges à la fin de sa vie ; le sacrifice des trois sœurs pour subvenir aux besoins de Branwell, destiné à une brillante carrière ; le caractère dur et revêche de la tante Branwell (qui viendra seconder le pasteur à la mort de sa femme). J’ai beaucoup aimé cette biographie qui s’attache à dresser un portrait fidèle de chacun des membres de la famille Brontë. Il me tarde maintenant de découvrir Agnès Grey, ou encore de lire la biographie de Daphné du Maurier consacrée à Branwell.

L’auteur commence à nous présenter la famille Brontë au grand complet en démarrant par le père, Patrick, pasteur dont il retrace le parcours. Né en Irlande, Patrick Brontë est un homme très cultivé qui reportera sur Branwell de grandes ambitions. La tante Branwell viendra le seconder dans l’éducation des enfants, suite au décès de Maria (sa sœur). Le climat venteux, les conditions de vie difficiles d’alors ne manqueront pas d’occasionner de nombreux drames dans le vécu de la famille, à commencer par le décès des deux filles aînées (mortes en pension). Charlotte, Emily et Anne en resteront marquées pour toujours.

Les chapitres suivants mettent tour à tour en lumière la fratrie Brontë. Si Emily, peu sociable si ce n’est sauvage, aimait plus que tout le quotidien du presbytère et les longues promenades sur la lande, Charlotte (en tant qu’aînée) se sera toute sa vie sacrifiée pour le bien de sa famille. Anne se montre plus douce et réservée que ses sœurs, elle restera la préférée de sa tante et sera peut-être la plus sensible au poids de la religion sur le quotidien d’alors. Il est de même intéressant de constater le rôle clef de Branwell dans la carrière littéraire de ses sœurs. Artiste dans l’âme et exubérant, les Brontë placeront en lui tous les espoirs de la famille. Malheureusement, fragile, le jeune homme sombrera progressivement dans l’alcool, l’opium et la dépression suite à une déception amoureuse. Il ne pourra se montrer à la hauteur des lourdes attentes de son père et de ses sœurs. Charlotte, Emily et Anne s’étant sacrifiées pour subvenir aux dépenses de leur frère, elles ont désormais le feu vert pour laisser vivre leur passion : l’écriture.

Dès leur enfance, grâce à Branwell, les trois sœurs ont cependant eu l’occasion de développer leur imagination et leur goût pour l’écriture. À travers les petits soldats de plomb offerts au grand frère, la fratrie imagine de folles aventures. Charlotte se rapprochera de Branwell, pour décrire des personnages et des décors à tonalité exotique : tous deux donneront naissance au royaume d’Angria. Emily et Anne uniront leurs efforts pour écrire autour d’un royaume au climat plus venteux, le royaume de Gondal (associé à l’archipel de Gaaldine).

Plus que tout, j’ai également apprécié découvrir les liens unissant la fratrie. Si Emily se sentira toujours très proche d’Anne (inséparables, elles étaient souvent comparées à des sœurs jumelles), Charlotte se sentira parfois laissée pour compte. Autre élément : lorsque Branwell commencera à sombrer, seule Emily le soutiendra jusqu’au bout. Ce ne sont peut-être que des détails, mais je me suis ainsi sentie plus proche du quotidien des sœurs Brontë tout en ayant un tout autre regard sur les personnalités de chacun. Passionnant !

Les grandes étapes de la vie de la famille sont bien sûr tour à tour évoquées. Les différents postes en tant que gouvernante ou institutrice. Le séjour de Charlotte à Bruxelles (c’est d’ailleurs là que Charlotte rencontrera l’amour pour la première fois). La descente aux enfers de Branwell. Les décès d’Emily, puis d’Anne, emportées par la tuberculose. La solide amitié entre Charlotte et Elizabeth Gaskell.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cette biographie que j’ai dévorée d’une traite. Le tout me semble fidèle à ce que furent les sœurs Brontë. Il ne reste plus qu’à lire / découvrir leurs œuvres. Encore et encore.

Extraits …

« Dans le huis clos familial et tragique que constitue la vie des Brontë, Emily occupe bien une place centrale. Comme dans une tragédie racinienne, Charlotte aime Emily qui aime Anne qui admire Charlotte. »

« Anne avait trouvé en Emily un tempérament analogue au sien, toutes les deux aimaient les animaux, les longues promenades sur la lande, et la vie calme du presbytère. Toutes deux avaient préféré les brumeuses et froides contrées boréales de Gondal aux royaumes africains de Charlotte et Branwell. Elles pouvaient ainsi évoquer les paysages des moors qu’elles aimaient arpenter par tous les temps. »

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