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Éditions Phébus, 2008 (398 pages)

Ma note : 14/20

Quatrième de couverture …

Lorsqu’un soir brumeux de 1898, le jeune artiste Samuel Godwin pousse les grilles de la propriété de Fourwinds, il est immédiatement envoûté. Engagé pour enseigner l’art aux deux jeunes filles de Mr Farrow, il ignore encore que cette luxueuse demeure sera pour lui le décor de ses plus belles peintures.
Intrigué par la personnalité ombrageuse du maître des lieux, séduit par ses filles, Marianne et Juliana, désarçonné par Charlotte Agnew, leur gouvernante et dame de compagnie, le peintre comprend vite que le raffinement du décor et des personnages dissimule les plus sombres mystères. Que le vent souffle pour mieux balayer les cendres d’un passé pour le moins scandaleux et les secrets abrités par les pierres.
Entre désirs de possession, obsessions et illusions, les deux demoiselles, leur père, l’ombre de leur mère décédée et leur gouvernante entament devant Samuel une subtile danse aussi fascinante que macabre…

La première phrase

« L’affiche a quasiment disparu derrière la foule qui se presse aux portes de la galerie. »

Mon avis …

Mensonges, secrets, brouillard anglais et manoir du XIXème siècle… tous les ingrédients étaient réunis pour que j’affectionne cette lecture. Pourtant, tout ne s’est pas passé comme je l’avais espéré puisque je n’ai pas pris autant de plaisir que prévu. La plume de Linda Newbery ayant été comparée à celle de Wilkie Collins (que je compte découvrir très bientôt) ou encore à celle de ma chère Charlotte Brontë, mes attentes étaient peut-être trop élevées.

Roman à deux voix, De pierre et de cendre nous rapproche des pensées et du quotidien de Samuel Godwin, un jeune peintre engagé par Mr Farrow, et de Charlotte Agnew, gouvernante et dame de compagnie des jeunes filles de la famille. Fourwinds est un manoir majestueux, situé en plein cœur de la lande anglaise. Son originalité reste qu’il a été totalement pensé par le maître des lieux, féru d’art et d’architecture. Ainsi, la demeure qui porte le nom des Quatre vents est entourée de statues : le vent du nord, le vent du sud et le vent de l’est. Où est donc passé le vent du nord ? Nul ne le sait. Le sculpteur ayant été engagé par Mr Farrow aurait brutalement été renvoyé suite à une violente dispute… Rapidement, Samuel va se rendre compte que la demeure est remplie de lourds secrets, qu’il va s’efforcer de découvrir.

Autant vous l’avouer, j’ai été totalement envoûtée par l’ambiance gothique de Fourwinds. La première rencontre, presque irréelle, entre Samuel et Marianne (alors en pleine crise de terreur ou de folie). Les promenades au clair de lune. Le lac qui revient souvent dans ce roman, et qui constitue un lieu clef de l’intrigue. Le tout est hautement séduisant. J’ai également apprécié faire la rencontre des divers personnages de ce livre. En découvrant les sœurs Farrow, Marianne et Juliana, j’ai forcément pensé à Jane Austen (Raison et sentiments). Si l’aînée, Juliana (19 ans), se montre plutôt calme, raisonnable mais en même temps mélancolique, Marianne (16 ans) apparaît dès le départ fantasque et hautement perturbée. Les deux jeunes filles traîneraient un spleen depuis le décès brutal de leur mère, tombée (ou poussée ?) de la mezzanine… Le jeune Samuel, plein de bonté et de naïveté, est de prime abord engagé pour distraire les sœurs et leur rendre le sourire. Seulement, subjugué par le charme sauvage de Marianne et les mystères de Fourwinds, notre héros risque d’y laisser des plumes.

Via ce roman, Linda Newbery aborde de nombreux thèmes. L’attirance physique. La soif de reconnaissance. La filiation. Mais également des thématiques bien plus graves comme l’inceste. Si l’intrigue ne manque nullement de rebondissements, j’ai peut-être été déçue par ceux imaginés par l’auteure. J’aurais souhaité lire autre chose, ou en tout cas amener la plupart des personnages sur des routes totalement différentes que celles tracées ici. C’était très frustrant, mais c’est aussi le jeu lorsque l’on ouvre un roman… Si l’année 1898 semble marquer un tournant dans l’existence de tous nos personnages, Linda Newbery nous offre une petite parenthèse située dans les années 20 : l’occasion de découvrir le destin de chaque protagoniste.

En bref, De pierre et de cendre reste malgré tout un bon roman. J’ai beaucoup aimé enquêter autour de la personnalité mélancolique de Juliana, du comportement étrange de Marianne, tout comme je me suis posée énormément de questions autour du décès tragique de Mrs Farrow. L’intrigue ne manque pas de rebondissements, je trouve seulement dommage de ne pas avoir totalement adhéré à ce qui nous est proposé par l’auteure (j’aurais souhaité tellement autre chose pour les demoiselles Farrow). Je poursuivrai peut-être l’aventure en lisant Graveney Hall, autre roman de Linda Newbery.

Extraits …

« Sa force me surprit. Et sa ténacité. Je dus la forcer à lâcher prise. Presque avec violence. Mais elle était comme un chien devant le terrier du renard – elle tenait bon.
– Vous l’avez vu ? demanda-t-elle.
– Si vous vouliez bien accepter de reculer et de me laisser…
Elle m’interrompit par des cris :
– Non ! Non ! Je ne peux pas arrêter de chercher tant qu’il rôde par ici…
– Qui ? demandai-je en regardant de nouveau autour de nous.
– Mais le Vent d’Ouest ! s’exclama la jeune fille avec impatience.
Levant les yeux, elle projeta partout des regards angoissés, comme si une présence allait subitement se manifester au-dessus de nos têtes.
– Je vous demande pardon…
– Le Vent d’Ouest ! Il faut le trouver… le capturer et le mettre à l’abri !
La pauvre devait avoir l’esprit dérangé, je m’en rendais compte à présent. Elle faisait une crise. Elle avait peut-être des hallucinations. Qui sait si elle ne s’était pas enfuie de quelque établissement de soins… Quelle autre raison pouvait pousser une jeune fille d’âge tendre à s’éloigner des habitations et à poursuivre seule, en pleine nuit, une quête aussi fantastique ? ».

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