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Éditions La table ronde, 2017 (218 pages)

Ma note : 14/20

Quatrième de couverture …

Souvent, debout face à ses élèves ou allongée sur son lit, Virginia Fly a la vision merveilleuse d’une main d’homme caressant son corps, déclenchant un frisson le long de son épine dorsale. Que ferait-elle si un inconnu apparaissait à la fenêtre, pénétrait dans la pièce et la séduisait ? Car à trente et un ans, Virginia, toujours vierge, vit sagement chez ses parents, dans la banlieue de Londres. Il y a bien son ami Hans, un professeur mélomane, mais ce n’est pas lui qui assouvira ses fantasmes. Non, celui qu’elle attend, c’est Charlie, son correspondant américain, dont la visite s’annonce enfin après douze années d’échanges épistolaires. Seulement cette arrivée coïncide aussi avec la diffusion d’un reportage télévisé sur Virginia, qui se prend à rêver que, parmi les opportunités tout à coup florissantes, il en est une – peut-être le charmant Ulick Brand ? – qui saura combler ses attentes.

La première phrase

« Virginia Fly se faisait violer, en esprit, en moyenne deux fois par semaine. »

Mon avis …

Depuis sa sortie, ce joli roman me faisait de l’œil tant sa couverture se montre à la fois vintage et mystérieuse. Poétique, le titre l’est certainement. Virginia est une jeune femme célibataire, qui à 31 ans vit toujours chez ses parents et n’a jamais rencontré l’amour. Face à un quotidien plutôt morne, notre héroïne s’envole (fly) pour rêver. Elle rêve de sexualité, oui. Mais par ce biais-ci, elle rêve aussi d’un mariage rapide, d’un amour absolu, et peut-être d’une échappatoire face à une vie étouffante au domicile parental.

Mon ressenti face à cette lecture est pour le moins ambivalent. Sous mes doigts, les pages tournaient à toute vitesse. Mais en refermant ce roman, il m’a été très difficile de savoir si je l’avais apprécié ou non (ce qui m’arrive plutôt rarement). Il faut dire que La vie rêvée de Virginia Fly est pour moi une lecture atypique, qui se montre bien plus profonde qu’elle n’y paraît. Face à la monotonie de son quotidien, on pourrait se dire que Virginia subit, qu’elle se montre bien trop naïve face aux hommes, bien trop rêveuse face à l’amour et au mariage. Il ne lui arrive alors que des déconvenues… À sa manière, ce roman se montre donc cynique et assez cruel. J’ai pourtant essayé de lire entre les lignes, de me questionner. Écrit en 1972, ce livre peut aussi nous présenter le portrait d’une anti-héroïne qui ne souhaite qu’une chose : quitter le giron familial (qui donne beaucoup d’amour, mais qui est ici vécu comme étant bien trop étouffant pour Virginia). On pense aussi à la pression sociale. Être célibataire, et vierge, lorsque l’on dépasse la trentaine est encore souvent assez mal perçu. En ce sens, je trouve à ce roman une extraordinaire modernité.

Si Virginia m’a parfois fait sourire par ses pensées et ses réactions un peu en dehors de la réalité (elle pense par exemple que si son correspondant américain lui écrit depuis une bonne dizaine d’années, c’est pour enfin lui proposer une demande en mariage lorsqu’il accepte une première rencontre), j’ai tout de même fini par trouver son portrait touchant. Si Virginia pense forcément à la sexualité (cet aspect encore inconnu manque à son quotidien, et en même temps la questionne beaucoup), notre héroïne reste pour autant une grande romantique. Au fil des pages, on sent aussi qu’elle évolue. Le tout se terminera par une fin douce-amère. Qu’on y adhère ou non, Virginia a fait son choix (même si celui-ci ne peut manquer de nous faire réfléchir).

J’ai beaucoup aimé la plume d’Angela Huth. En plus d’être abordable, celle-ci se fait mordante, cynique. L’auteure croque également toute une galerie de personnages. Les parents de Virginia vivent une vie paisible, Mrs Fly s’occupant de son intérieur de manière impeccable tandis que Mr Fly pense à acquérir la tondeuse à gazon qui correspondrait le plus, selon lui, à une bonne affaire. Autour de Virginia, gravitent Charlie (le correspondant américain) ou encore Hans (un professeur mélomane avec qui notre héroïne se rend à certains concerts, environ une fois par mois).

Je ne sais donc pas réellement ce qui a pu me déplaire dans ce roman. Peut-être son ton assez pessimiste ? Son final doux-amer ? Angela Huth nous livre en effet une happy end qui n’en est pas vraiment une. J’aurais souhaité beaucoup mieux pour Virginia.

En bref, La vie rêvée de Virginia Fly est un petit roman qui se lit très vite (ou qui se dévore devrais-je dire). Il m’aura fait réfléchir sur ce que devait être le quotidien d’une jeune femme dans les années 70 (peut-être pas aussi libre qu’on pourrait le croire) ou encore sur la pression sociale relative à la virginité, au célibat lorsque l’on dépasse la trentaine. Quarante ans plus tard, ce phénomène me semble encore malheureusement toujours d’actualité !

Extraits …

« Et Virginia, non sans horreur, assista alors à un débat entre ses parents sur le concept de virginité. Elle sentit que l’équipe, le réalisateur, Jenny et Geoffry Wysdom se frottaient tous secrètement les mains. Le spectacle épouvantable de ces gens racontant n’importe quoi dès que les caméras étaient braqués sur eux constituaient à leurs yeux une scène de vie des plus précieuses. »

« Virginia ferma les yeux. Mon Dieu, faîtes qu’il enlève ses chaussettes, supplia-t-elle. »

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