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9782352873143

Éditions Archipoche, 2012 (276 pages)

Ma note : 15/20

Quatrième de couverture …

Élevée au sein d’une famille aimante, la jeune Agnès Grey, fille d’un pasteur ruiné du nord de l’Angleterre, décide de tenter sa chance dans le monde en se faisant gouvernante.
Pleine de bonnes intentions mais inexpérimentée, elle se heurte bien à l’hostilité des Bloomfield, une famille de commerçants enrichis, égoïstes et snobs. Désarmée face à l’indiscipline des enfants gâtés dont elle a la garde, elle sera renvoyée au bout de quelques mois. Sans désemparer, et dans l’obligation de subvenir à ses besoins, elle trouve alors un emploi chez les Murray. Jusqu’à l’arrivée du jeune vicaire Edward Weston…
Paru la même année que Les Hauts de Hurlevent et Jane Eyre de ses sœurs Emily et Charlotte, Agnès Grey est une chronique réaliste non dénuée d’humour. C’est aussi un plaidoyer pour la condition des gouvernantes, largement inspiré de l’expérience vécue d’Anne Brontë.

La première phrase

« Toutes les histoires vraies portent avec elles une instruction, bien que dans quelques-unes le trésor soit difficile à trouver, et si mince en quantité que le noyau sec et ridé ne vaut souvent pas la peine que l’on a eue de casser la noix. »

Mon avis …

Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent étant mes romans préférés, il me tardait de découvrir la plume de la plus jeune des sœurs Brontë. Moins connue que ses sœurs, Anne Brontë a pour autant rédigé deux romans (Agnès Grey, La dame du manoir de Wildfell Hall) tout en s’adonnant à l’écriture de quelques poèmes. Moins passionnée que Charlotte, bien moins sauvage et rebelle qu’Emily, Anne est souvent décrite comme étant douce et calme. Dans la fratrie Brontë, c’était aussi la plus tournée vers la religion. Et je trouve que ces différents aspects se retrouvent dans le personnage d’Agnès Grey. Si ce roman n’a pas, selon moi, la force de Jane Eyre ou des Hauts de Hurlevent, j’ai apprécié le réalisme qui s’en dégage. Tout comme j’ai adoré m’imaginer rencontrer Anne Brontë sous les traits de son héroïne.

Agnès Grey, d’extraction modeste, a 19 ans lorsqu’elle fait le choix de tenter sa chance en tant que gouvernante. Son souhait est alors d’aider sa famille, ruinée suite à l’infortune de son père qui est pasteur. Agnès partage alors avec le lecteur quelques-uns de ses souvenirs, plus ou moins heureux, en lien avec sa fonction dans les deux familles qui l’ont successivement employée. Si les enfants Bloomfield se montrent odieux avec elle tant ils sont égoïstes et gâtés, Agnès parviendra à se faire une place auprès des miss Murray (Mathilde et Rosalie). En âge d’entrer dans le monde, et de trouver un futur mari, Rosalie hésite. S’il y a bien Mr Hatfield, le recteur d’Horton Lodge, Mr Weston (le nouveau pasteur) ou encore Mr Green pourraient tout aussi bien faire l’affaire. Plutôt vaniteuse, Rosalie n’hésitera pas à jouer de ses charmes pour séduire ces messieurs. Pour le meilleur, et pour le pire.

Anne Brontë a exercé en tant que gouvernante. Elle est donc extrêmement bien placée pour en parler avec justesse et précision. Malmenée par ses élèves, méprisée par ses employeurs, on ne peut que compatir aux épreuves traversées par Agnès Grey. Si la jeune femme se révolte, c’est toujours par la réserve et le silence. Ceci peut au premier abord sembler étrange pour le lecteur, mais pas tant que ça si l’on se fie à la place que prend la religion dans le cœur d’Agnès (et sans doute dans celui d’Anne). Ce roman se trouve teinté d’une certaine morale. J’ai pourtant adhéré au sort qu’Anne Brontë imagine pour Rosalie Murray… De même que j’ai forcément apprécié que les tourments vécus par Agnès finissent par prendre fin.

En bref, je pense avoir largement préféré Jane Eyre (ou encore Les Hauts de Hurlevent) à Agnès Grey. Malgré tout, je ne regrette pas ma lecture tant j’ai eu l’impression de découvrir Anne Brontë à travers son personnage d’Agnès Grey. La romance, si elle ne se montre pas d’un suspens à couper le souffle, est quant à elle bien amenée et plutôt plaisante à suivre. J’ai beaucoup aimé les scènes descriptives ayant rapport à la mer, à la plage (situées à la fin du roman). Je compte maintenant découvrir La dame du manoir de Wildfell Hall. Peut-être à la fin de l’année ?

Extraits …

« Miss Grey, disaient-elles, était une singulière créature : elle flattait et louait peu ; mais, quand elle parlait favorablement de quelqu’un, on pouvait être sûr que son approbation était sincère. Elle était très obligeante, douce et paisible ordinairement, mais il y avait des choses qui la mettaient hors de son caractère. »

« J’éprouvai un sentiment de vigueur et de fraîcheur en traversant les rues ; et lorsque je fus hors de la ville, quand mes pieds foulèrent le sable, quand mon visage se tourna vers l’immense baie, aucun langage ne peut décrire l’effet produit sur moi par le profond et pur azur du ciel et de l’Océan, le soleil dardant ses rayons sur la barrière semi-circulaire de rochers escarpés surmontés de vertes collines, la plage douce et unie, les rochers au loin dans la mer, semblables, avec leur vêtement de mousse et d’herbes marines, à des îles de verdure et par-dessus tout la vague étincelante. Puis, quelle pureté et quelle fraîcheur dans l’air ! »

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