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9782203088405

Éditions Casterman, 2016 (564 pages)

Ma note : 16/20

Une fois de plus, le duo Catel et Bocquet aura fait mouche en signant ce joli roman graphique qui reprend le vécu de la grande Joséphine Baker. Si j’avais adoré découvrir le portrait de Kiki de Montparnasse, je suis ici conquise. Les auteurs se sont livrés à un vrai travail de fond pour nous présenter Joséphine : le lecteur découvre alors une biographie fouillée de cette femme de cœur. Passionnée et engagée, Joséphine Baker est une femme aux multiples facettes que je suis ravie d’avoir rencontrée le temps d’un peu plus de cinq cents pages.

1906. Freda Joséphine naît à Saint-Louis (dans le Missouri) d’une mère danseuse qui la surnommera très vite Tumpie”, et d’un père musicien qui prendra la tangente aussitôt sa fille née. Enfant, Joséphine alterne les moments d’école et les travaux domestiques pour des familles aisées chez qui sa mère l’envoie travailler. Sa famille est très pauvre. Et sa mère s’étant remariée, il y a maintenant trois bouches de plus à nourrir (Richard, Margaret et Willie Mae). Joséphine, en tant qu’aînée de la famille, n’a d’autre choix que de contribuer à faire bouillir la marmite. Mais à l’instar des afro-américains du sud des États-Unis, la petite fille se retrouve très tôt confrontée au racisme et à la ségrégation. Ceci marquera d’ailleurs Joséphine jusqu’à la fin de sa vie.

L’image la plus célèbre de Joséphine Baker est sans doute celle où nous l’imaginons dansant sur un rythme de charleston, vêtue d’une ceinture de fausses bananes. Nous sommes alors en 1925, et Joséphine triomphe à Paris ! On vénère alors sa beauté, ses formes. On s’enthousiasme pour le jazz et les musiques noires. Dès lors, Joséphine ne cesse de monter. Alors qu’elle faisait partie de la Revue nègre, la jeune femme embarque pour une tournée en Europe avant de mener la revue des Folies Bergère (en 1927) accompagnée de Chiquita, son léopard !

Catel et Bocquet parviennent alors très bien à retranscrire la fascination que Joséphine Baker exerçait sur son public. Si son déhanché et son incroyable bonne humeur plaisent, Joséphine découvre un autre monde où sa couleur de peau ne l’empêche en rien de devenir une artiste reconnue. Elle enchaînera les hommes, les succès, côtoiera les plus grands de son époque :  Colette (qui l’adore), Georges Simenon, Maurice Dekobra, mais aussi Le Corbusier ou encore Mistinguett (sa grande rivale).

Mais Joséphine est finalement bien plus qu’une icône qui cherche à faire le buzz. C’est peut-être ce qui fait d’ailleurs que j’ai adoré rencontrer cette femme. Amoureuse de Paris et de la France, Joséphine Baker s’engage dans la Résistance dès l’appel du 18 juin 1940. Elle fait notamment passer des informations confidentielles grâce à l’encre invisible et à ses partitions de musique. En 1963, Joséphine prend la parole lors de la marche organisée par Martin Luther King. Notre artiste rêve d’un monde où la différence (de religion, de couleur de peau, d’origine ethnique) n’est que secondaire. Forte de ses convictions, Joséphine adoptera douze enfants orphelins : ils constitueront sa célèbre tribu dite arc-en-ciel installée à la villa Beau-Chêne.

Joséphine Baker a donc eu une vie bien remplie, et passionnante. Malgré son manque de stabilité avec les hommes (Joséphine aura eu de nombreuses liaisons, se sera mariée plusieurs fois), on ne peut que la trouver attachante tant elle se sera battue pour ses convictions, mais aussi pour toute forme de liberté. Tel un astre, Joséphine rayonne. Elle aura su dépasser l’image de la figure exotique (c’est ainsi qu’elle était perçue dans les Années folles) pour se forger une solide réputation jusque dans les années 60 (Grace Kelly faisait alors partie de ses plus fidèles appuis). Par tout ce qu’elle aura accompli au cours de sa vie, Joséphine Baker ne peut que fasciner. Et une chose est sûre : elle n’a pas fini de nous faire rêver.

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