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Éditions Dargaud, 2017 (108 pages)

Ma note : 15/20

De Colette, je garde le souvenir d’une plume sensorielle et d’un amour pour la nature et les animaux. J’avais beaucoup aimé ma redécouverte de Sido et des Vrilles de la vigne (récits autobiographiques lus en 2015). Tout comme La maison de Claudine, ces écrits se centrent sur l’enfance de la romancière. Colette y chante notamment son amour pour sa mère, l’impressionnante mais tendre Sido. Lorsque je suis tombée par hasard sur cette BD signée Annie Goetzinger, je n’ai eu qu’une envie : la découvrir. Les apprentissages de Colette couvre trente ans du vécu de cette dernière, de son mariage à la publication du Blé en herbe. Si j’ai trouvé les dessins d’Annie Goetzinger plutôt froids (mais beaux à leur manière), j’ai beaucoup appris sur Colette, une femme indépendante et faisant fi des scandales.

En 1893, Colette (20 ans) épouse Henry Gauthier-Villars, dit Willy. Aux anges, la future romancière déchante cependant rapidement devant les mœurs volages de son mari. Jalouse et frustrée, il lui faudra un certain temps pour se remettre de sa déconvenue. Willy sera pourtant, malgré lui, à l’origine des débuts de Colette en tant que femme de lettres (il vendra les droits des Claudine à ses éditeurs, série qui connaîtra un certain succès). Willy s’attribue pourtant tous les lauriers : il utilise les talents littéraires de Colette. Celle-ci ne lui pardonnera jamais, et le couple divorcera en 1905. Libérée de l’emprise de Willy, Colette vole enfin de ses propres ailes. Elle écrit, poursuit une carrière dans le music-hall et entretiendra de nombreuses liaisons tout au long de sa vie (autant avec des hommes qu’avec des femmes).

Après m’être plongée dans l’enfance et les souvenirs de Colette, j’ai grandement apprécié découvrir notre romancière à l’âge adulte. Et quelle surprise ! Si j’avais déjà en tête l’image d’une femme indépendante et éprise de liberté, je ne savais pas que parallèlement à ses talents littéraires Colette avait été mime, actrice ou encore journaliste. Je pensais également qu’elle n’avait entretenu des liaisons avec des femmes que tardivement. Or Mathilde de Morny (dite Missy) semble avoir occupé une place importante dans sa vie dès les dernières années de son mariage avec Willy. J’ai donc beaucoup appris grâce à cette bande dessinée.

Du côté des dessins, le tracé se fait fin et délicat. Les couleurs utilisées sont froides, dans des tonalités pastel. En refermant cette BD, je suis restée sur le ressenti d’un hommage un peu froid à la grande romancière que fut Colette. C’est peut-être le seul petit reproche que je pourrais faire à cet ouvrage. Pour contrebalancer, j’ai adoré me retrouver plongée en plein coeur de la Belle Époque tout comme j’ai apprécié retrouver Sido ou encore Belle-Gazou.

Annie Goetzinger fait également le lien entre la publication de certains classiques écrits par Colette et des évènements de vie s’y raccrochant, ce que j’ai trouvé plutôt intéressant. Nous apprenons ainsi que Le blé en herbe fait écho à une liaison entre Colette et Bertrand de Jouvenel (fils d’Henry de Jouvenel, second mari de la romancière).

En bref, cette BD a plutôt été une jolie surprise tant j’ai appris sur le vécu et la personnalité de Colette. Si la romancière manquait peut-être de stabilité dans ses relations amoureuses, son goût pour la liberté la rend attachante. Jeune fille naïve, puis épouse trompée et bafouée (de par les liaisons de Willy ou encore sa position de nègre littéraire), Colette aura su avancer, s’affirmer par l’écriture, réinventer sa vie pour finalement n’en faire qu’à sa tête mais en gagnant le privilège d’être une femme libre.

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