Treize années à la cour de Russie • Pierre Gilliard

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Éditions Payot & Rivages, 2013 (304 pages)

Ma note : 15/20

Quatrième de couverture …

Arrivé en Russie en pleine révolution de 1905 et reparti en pleine guerre civile, le Suisse Pierre Gilliard (1879-1962) vécut dans l’intimité de Nicolas II, de son épouse Alexandra, de leurs quatre filles et de leur fils hémophile, dont il devint officiellement le précepteur en 1913. Tout en déplorant les erreurs de l’autocratie et l’influence de Raspoutine, il redoutait que la chute du tsarisme ne précipite le pays dans une sanglante anarchie. La tourmente de l’histoire resserra ses liens avec les Romanov : après avoir partagé volontairement leur captivité, il fut séparé d’eux moins d’un mois avant leur exécution.
Ce témoignage dans lequel puisèrent nombre d’historiens n’avait pas été republié depuis les années 1930. Servi par un style presque romanesque, c’est pourtant une saisissante réalité qu’il restitue dans un compte à rebours tragique.

La première phrase

« Au cours de l’automne 1904, j’acceptai l’offre qui m’était faite de passer un an comme professeur de français auprès du duc Serge de Leuchtenberg. »

Mon avis …

Courant août, j’ai eu l’occasion de découvrir un témoignage (prêté par l’un de mes petits frères) signé Pierre Gilliard, précepteur des enfants de Nicolas II et d’Alexandra Fedorovna. Il vécut dans l’intimité des Romanov de 1905 à 1918, et leur resta fidèle jusqu’à la fin. Pierre Gilliard fut le dernier survivant de la suite impériale. Bien que je connaisse déjà l’issue tragique du destin de cette grande famille, il me tardait d’ouvrir ce livre. Comme vous le savez déjà, j’aime énormément l’Histoire. Mais plus encore lorsque l’occasion nous est donnée de découvrir des portraits intimes ou encore des récits de vie. Quoi de mieux que de comprendre l’histoire avec un grand H via les portes de la petite histoire ? Cela me la rend d’autant plus passionnante.

Pierre Gilliard a seulement vingt-cinq ans lorsqu’il se retrouve sélectionné pour instruire le tsarévitch et les grandes-duchesses (Olga, Tatiana, Maria et Anastasia). Pour ce qui est des grandes-duchesses, l’auteur nous décrit des élèves peu intéressées par les apprentissages. Olga, l’aînée, adorait pourtant la littérature. Plutôt effacée, c’était sans doute des quatre sœurs la plus intelligente. La plus jolie, Tatiana, était aussi la préférée de l’impératrice. Nous apprenons également que Maria était surnommée le bon gros toutou par ses sœurs, tandis qu’Anastasia était la plus espiègle (quelque peu enfant terrible) mais aussi la plus gaie. Très différentes de caractère mais extrêmement soudées, les quatre sœurs avaient crée un nom collectif (OTMA) reprenant les initiales de chacun de leurs prénoms.

En Russie, il était alors courant de recourir aux services de gouvernantes ou de précepteurs d’origine suisse. Ceci semblait être un gage de sérieux et de rigueur. Photographe amateur, Pierre Gilliard rapporte de cette expérience un certain nombre de clichés. Certains nous sont d’ailleurs présentés dans cette édition, détail que j’ai grandement apprécié. Toutes ces photos sont en effet bien loin des portraits officiels : celles-ci révèlent une famille extrêmement soudée (même dans la douleur de leur captivité à Tsarskoïe Selo, puis à Tobolsk). Suite à l’assassinat des Romanov dans les caves de la maison Ipatiev, Pierre Gilliard vit deux années très confuses en Sibérie. La guerre civile fait rage, mais l’ancien précepteur réussira à rentrer en Suisse.

La maladie d’Alexis. L’influence grandissante de Raspoutine sur le couple impérial (tout particulièrement sur la tsarine). Dans cet ouvrage, l’auteur nous livre ses ressentis et par là même nous offre un aperçu du quotidien des Romanov. J’ai ainsi pu apprendre que la famille n’affectionnait pas particulièrement les fastes de la cour, préférant se retrouver en vase clos et instaurer un protocole très allégé. Hémophile, Alexis inquiète beaucoup : la moindre bosse peut provoquer une hémorragie interne, et donc de fortes douleurs obligeant le petit garçon à s’aliter. Jusqu’au bout, le couple impérial fera tout pour cacher la maladie de l’héritier au peuple. Extrêmement inquiète et prête à tout pour stopper les douleurs de son fils, Alexandra Fedorovna fera confiance à un imposteur : Raspoutine. Dès lors, l’engrenage est en marche… Si le peuple commence à se révolter, le couple impérial semble être mis à l’écart des évènements et reste fixé sur la maladie du tsarévitch. En 1917, Nicolas II est arrêté. La tsarine, ses enfants et sa suite partagent sa captivité au palais de Tsarskoïe Selo, résidence d’hiver. Pierre Gilliard les suit, par loyauté et affection. La vie continue : un potager est organisé dans un coin du parc, on récolte des légumes, on arrache les mauvaises herbes. Nicolas II se retrouve au rang de citoyen Romanov. La famille est ensuite transférée à Tobolsk (en Sibérie) où elle vit coupée du monde, puis à Iekaterinbourg. La maison Ipatiev sera leur dernière demeure.

Autant vous l’avouer tout de go, j’ai parfois eu du mal à venir à bout de certains chapitres. Si certains restent grandement centrés sur la politique (je suis passée totalement à côté des détails relatifs à la Grande Guerre), d’autres ne sont pas évidents à lire. Je pense au passage où Pierre Gilliard se retrouve séparé, malgré lui, des enfants. L’auteur relate alors les voir s’éloigner, impuissant, d’une fenêtre du wagon. Les grandes-duchesses descendent du train, portant de lourds bagages dans la boue, tandis qu’Alexis (souffrant d’une crise d’hémophilie) est porté par un garde. En vue d’une prochaine échappée, des pierres précieuses ont été cousues dans la doublure de leurs vêtements. Au moment de l’exécution par les bolcheviks, les balles auraient ricoché contre celles-ci…

Malgré ma difficulté de lecture pour ce qui est de certains passages, je ne regrette aucunement ma découverte. Pierre Gilliard brosse un portrait de chacun des membres de cette illustre famille, dont le destin fascine toujours autant. Son témoignage reste extrêmement intéressant pour en apprendre davantage sur le quotidien des derniers Romanov, ou encore pour saisir les ressorts et la complexité de cette période historique touchant la Russie.

Extraits …

« Sauf Olga Nicolaïevna, les grandes-duchesses étaient des élèves assez médiocres. Cela provenait en grande partie du fait que, malgré mes demandes réitérées, l’impératrice ne voulut jamais prendre une gouvernante française, craignant sans doute de voir quelqu’un s’interposer entre elle et ses filles. Le résultat, c’est que, lisant le français et l’aimant, elles n’ont jamais su le parler avec facilité.
L’état de santé de l’impératrice explique que l’instruction de ses filles ait été un peu négligée. La maladie d’Alexis Nicolaïevitch avait usé peu à peu sa force de résistance. »

« Absent, Raspoutine était plus puissant que présent. C’est que son emprise psychique se fondait sur un acte de foi et que la puissance d’illusion de ceux qui veulent croire n’a pas de limite – l’histoire de l’humanité est là pour le prouver. »

17 commentaires sur “Treize années à la cour de Russie • Pierre Gilliard

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    1. L’histoire de Nicolas II et de ses proches reste toujours douloureuse à lire, pour autant je reviens toujours vers les documentaires et écrits qui retracent le parcours de cette famille… J’ai ici trouvé ce témoignage particulièrement intéressant ! 🙂

      Aimé par 1 personne

    1. Si le sujet t’intéresse, je ne peux que te conseiller de le découvrir. L’écriture de Pierre Gilliard est abordable, et sachant qu’il a partagé le quotidien des derniers Romanov on sait qu’on va forcément beaucoup apprendre. 🙂

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    1. Je t’avoue que j’ai parfois eu du mal avec certains chapitres. Malgré tout, je trouve ce témoignage essentiel. Il oblige à ne pas fermer les yeux sur le destin de la famille (qui a été exécutée sans l’ombre d’un jugement…). Et à côté de ça, j’ai trouvé la famille extrêmement émouvante : je ne savais pas qu’elle était aussi unie dans l’intimité.
      Tu me diras si tu tentes l’aventure !

      Aimé par 1 personne

    1. Je reconnais que c’est assez particulier… Je me lance uniquement quand le sujet m’intéresse, sinon c’est vrai que c’est un format qui n’a pas forcément ma préférence. 😉
      Bisous à toi, et bon dimanche !

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    1. Je t’avoue que niveau histoire de la Russie, je suis un peu à la ramasse ! Mais je m’intéresse beaucoup à cette période (début du XXe siècle, vécu des Romanov). Pierre Gilliard donne pas mal de repères historiques, en plus d’évoquer son expérience auprès des enfants Romanov. Donc c’est plutôt pas mal !

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