Le murmure du vent • Karen Viggers

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Éditions Les Escales, 2017 (394 pages)

Ma note : 14/20

Quatrième de couverture …

Quand Abby rencontre Cameron, tout en lui l’agace. Biologiste, elle arpente seule la vallée des monts Brindabella pour observer le comportement des kangourous. Il est un jeune journaliste en quête d’un article pouvant susciter la polémique.
Quand il cherche à la revoir, elle fait tout pour l’éloigner. Pourquoi prendrait-elle le risque d’être à nouveau blessée par la vie ?
Un jour, elle rencontre une vieille dame, Daphne, qui a passé sa jeunesse dans ces montagnes et vient régulièrement se ressourcer dans cette nature si chère à son cœur. Malgré leur différence d’âge, les deux femmes se rapprochent. Avec délicatesse, Daphne essaye de sortir Abby de son marasme. Leur amitié leur permettra peut-être enfin de se libérer du passé et de sourire à l’avenir ?

La première phrase

« La nuit étend son épais drap noir sur la vallée. »

Mon avis …

À sa sortie (début avril), Le murmure du vent me faisait déjà de l’œil. Son résumé. Sa sublime couverture. La promesse d’une virée dans le bush australien, auprès des kangourous qui plus est. Après lecture, je ne suis absolument pas déçue du voyage. Les thématiques soulevées dans ce roman sont passionnantes. Le poids de l’histoire familiale. L’attachement viscéral à la terre. L’amour de la nature. Ce roman est littéralement un hymne à la terre et aux grands espaces. Mais Karen Viggers signe tout autant un écrit fort et engagé : l’auteure traite en effet des difficultés à gérer la reproduction extrêmement rapide de certains animaux (comme les lapins ou les kangourous) qui, sans réels prédateurs, finissent par menacer l’écosystème. Faut-il pour autant faire appel à un abattage de masse pour remédier à ce problème ? C’est la grande question que soulève l’auteure.

Pour n’avoir lu ni La mémoire des embruns ni La maison des hautes falaises, il me tardait de découvrir la plume de Karen Viggers. Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié les efforts de l’auteure pour nous présenter des personnages profonds, à la psychologie travaillée. Abby, l’héroïne, est une jeune thésarde qui étudie le comportement des kangourous. Attachante mais extrêmement solitaire, la jeune femme se sent poursuivie par un drame familial, qui l’empêche notamment de construire une vie familiale ou de s’engager avec un homme. Aussi lorsqu’elle rencontre le beau Cameron, Abby n’a qu’une idée en tête : fuir avant que ça ne devienne trop sérieux et qu’elle prenne le risque de souffrir à nouveau. Sa rencontre avec Daphne, une vieille dame qui a aussi vécu des évènements douloureux, semble l’apaiser. Une complicité se noue entre les deux femmes : peut-être est-ce l’occasion de s’entraider pour accepter le passé et s’en délivrer ?

Si les personnages d’Abby et de Daphne sont clairement les plus élaborés, j’ai grandement apprécié les rencontrer. J’ai aimé l’indépendance exacerbée d’Abby (qui masque malgré tout une certaine fragilité). Tout comme j’ai aimé la sagesse de Daphne. De souvenirs en confidences, le lecteur plonge peu à peu dans le passé de ces deux femmes. L’occasion pour Karen Viggers d’évoquer le lien entre anciens colons et Aborigènes. Injustement expulsé de son territoire, ce peuple autochtone a également subi de nombreuses violences. Le murmure du vent n’est donc pas réellement un roman calme et apaisant. Certaines scènes décrites sont très dures (je pense à la mort de certains kangourous, ou encore à quelques passages relatifs au passé des héroïnes).

J’ai été un brin déçue par certains aspects de ce roman. Si je n’ai pas toujours trouvé la relation Abby-Cameron crédible, j’aurais souhaité que le vécu des Aborigènes soit encore plus détaillé via notre accès au passé de Daphne. Si Karen Viggers évoque les traditions ou encore un sentiment de haine envers les colons, j’ai souvent trouvé que cela aurait pu être encore plus développé.

Grâce à cette lecture, j’en ai cependant beaucoup appris sur l’Australie et les kangourous. J’ai ainsi pu réfléchir sur les conséquences de la surpopulation des kangourous et sur les solutions proposées… D’autant que par la voix de ses personnages, Karen Viggers donne la parole aux deux camps : les pro et les anti abattage de masse de ces marsupiaux. Plutôt intéressant. J’ai également pu découvrir que les femelles kangourous pouvaient stopper leur reproduction en cas de nourriture insuffisante, mais aussi que lorsqu’un bébé kangourou (un petit joey) est en train de grandir bien au chaud dans la poche de sa mère, un futur bébé (présent pour le moment à l’état d’embryon) est déjà prêt à prendre sa place !

Pour résumer, Le murmure du vent est un roman intelligent, parfois cruel (je pense à certaines scènes très dures). Les descriptions du bush et des montagnes sont sublimes. Si j’ai globalement apprécié ma plongée dans cette Océanie captivante aux paysages encore sauvages, je regrette que certains aspects du roman ne soient pas davantage développés (je pense surtout à la culture aborigène).

Extraits …

« Cette vieille maison en bois nichée au fond de la vallée servait souvent de refuge à Abby quand le temps se gâtait. C’était une merveilleuse construction très ancienne imprégnée d’histoire, hantée par les vies oubliées des familles de colons dont les voix avaient résonné entre ses murs de planches. »

« C’est sans doute pour cela que je ne me suis jamais résolue à la jeter. Elle me rappelle cette manie qu’à la vie de vous réserver des surprises. Vous croyez que rien ne va plus, et tout à coup, on ne sait comment, vous vous trouvez au bon endroit. »

2 commentaires sur “Le murmure du vent • Karen Viggers

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