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Lettres-choisies-de-la-famille-Bronte

Éditions La table ronde, 2017 (591 pages)

Ma note : 17/20

Quatrième de couverture …

Si les œuvres des sœurs Brontë sont connues de tous, il n’en va pas de même pour leur correspondance, a fortiori en France où elle n’avait pas encore été traduite. Le présent recueil réunit plus de trois cents lettres de cette famille hors norme.
Celles de Charlotte à son amie Ellen Nussey ou à ses éditeurs londoniens, tantôt véhémentes, tantôt mélancoliques, sont d’une humilité extrême. Durant sa courte existence, Charlotte s’éloigne rarement de la cure de Haworth où elle veille tour à tour son frère et ses sœurs dans leurs derniers instants. De ces deuils, la jeune femme, qui ne place jamais l’art au-dessus de la vie, laisse des témoignages d’une grande pudeur.
S’ajoutent à cet autoportrait non prémédité les lettres de son frère Branwell, où transparaît la déchéance d’un esprit prometteur : celles d’Emily, plus rares et d’une austérité caractéristique ; celles d’Anne, en forme de professions de foi ; et, enfin, celles de leur père, qui révèlent une tendresse et un humour inattendus, bien loin des traits sévères sous lesquels il est souvent dépeint.

La première phrase

« En 1820, le révérend Patrick Brontë, pasteur anglican d’origine irlandaise, s’installe avec sa famille à Haworth, village isolé du Yorkshire. »

Mon avis …

Vous commencez à me connaître, je voue un culte et éprouve une certaine tendresse pour Charlotte, Emily et Anne Brontë. Si Jane Eyre et Les Hauts de Hurlevent font partie de mes romans préférés, j’apprécie lire autour de ce que fut le quotidien de ces sœurs de génie. J’avais ainsi adoré découvrir Les sœurs Brontë à 20 ans (de Stéphane Labbe) ou encore Le monde du dessous (recueil de poèmes et de proses). Après les écrits imaginaires relatifs aux mondes de Gondal et de Gaaldine, place aux lettres ! Avec ce recueil, Constance Lacroix nous propose une plongée dans plus de trois cents lettres (toutes rédigées entre 1821 et 1855). J’ai tout simplement adoré découvrir cette petite pépite, qui constitue une mine d’or pour ce qui est de nous offrir des informations directes quant au vécu des Brontë, mais aussi quant aux conditions de vie extrêmement dures d’alors. Cette lecture a pour moi été un gros coup de cœur.

Un quotidien austère et monotone. Le climat venteux des landes du Yorkshire. Le manque d’argent et la maladie. Grâce à ces lettres, le lecteur découvre la vie difficile d’une petite paroisse située dans le nord de l’Angleterre. L’éloignement entre Haworth et les grandes villes ne facilite pas non plus la tâche lorsque l’on souhaite trouver du travail ou encore se faire un nom. La fratrie Brontë ne va pourtant pas baisser les bras, et puiser dans son imagination pour voyager et s’évader du quotidien.

Comme j’ai aimé me plonger dans ces lettres ! Certaines sont drôles, d’autres se font remplies d’espoir ou emplies d’une tristesse infinie. En les lisant, je serai passée par toute une palette d’émotions. En cette première moitié du XIXe siècle, garder la santé semblait être une des premières préoccupations d’alors. Ne pas tomber malade. Se remettre d’un simple rhume (ce qui aujourd’hui nous semble plutôt banal, et sans grand danger). Souhaiter un prompt rétablissement à ses proches. Ces éléments reviennent très régulièrement dans les lettres de Charlotte. Je me suis alors surprise à imaginer des conditions de vie que jusqu’ici je n’imaginais pas être aussi rudes à cette époque.

Je pense n’avoir qu’un seul regret en ayant lu ce recueil : que les lettres rédigées par Emily et Anne n’aient pas été plus nombreuses. Le lecteur en découvre cependant deux ou trois. Face à ces quelques écrits, on se plaît alors à imaginer une Emily très timide, presque sauvage, qui n’aime pas particulièrement prendre la plume pour correspondre. Son ton se fait direct, sans fioritures. Comme je me l’étais imaginée, Anne apparaît au contraire plus calme, plus sage.
Les écrits de Charlotte sont donc majoritaires. La romancière correspond alors énormément avec son amie Ellen Nussey (avec qui elle gardera un lien toute sa vie), avec ses éditeurs londoniens, ou encore avec Elizabeth Gaskell. J’ai été frappée de découvrir une femme, qui face aux nombreux deuils traversés, reste lucide et ne se plaint jamais. Dans les moments d’abattement, Charlotte parviendra toujours à rebondir. En plus de faire preuve d’une grande d’intelligence, et parfois d’un certain humour (qui transparaît dans ses lettres), il semblerait donc qu’elle ne manquait pas de force de caractère. Si j’ai été émue par les décès d’Emily et d’Anne, de toutes les correspondances présentes dans ce recueil c’est celle entamée avec Ellen Nussey qui a ma préférence. Charlotte se confie en effet énormément à son amie (elle évoque ses projets littéraires, leur célibat respectif, ou encore sa dépression et ses moments de profond abattement). Il y a un ton amical, familier, qui demeure touchant.

Avec ce recueil, j’ai également apprécié en apprendre davantage sur les pensées et ressentis de Charlotte Brontë face à son mariage avec Arthur Bell Nicholls, vicaire de Patrick Brontë, ou encore sur ses nombreux voyages à Londres (la romancière y aurait rencontré Thackeray en personne !).

En bref, cette lecture marquera certainement mon année 2017. Ce recueil offre une photographie de la vie de famille des Brontë, mais aussi un portrait de Charlotte en tant que femme de lettres. Année après année, on avance aux côtés de cette famille unie. Passionnant ! Si j’ai été un peu déçue par la rareté des lettres d’Emily et d’Anne, le lecteur en découvrira pour autant deux ou trois. Branwell n’est pas non plus oublié, tandis que Patrick Brontë transparaît sous les traits d’un père aimant. Je conseille vivement ce recueil à toutes les personnes qui apprécient le travail des sœurs Brontë, mais surtout à celles qui seraient curieuses d’en savoir plus, en accédant à une sphère plus intime.

Extraits …

« Vous ne vous tromperez guère dans votre jugement sur Wuthering Heights et Agnes Grey. Ellis a un esprit vigoureux et original, d’une étrange et sombre puissance, qui lorsqu’il s’essaie à la poésie, s’exhale en un langage concis, subtil et raffiné tout à la fois – mais qui, lorsqu’il manie la prose, se déchaîne en tableaux qui choquent plutôt qu’ils charment – cependant Ellis se perfectionnera, car il connaît ses défauts. Agnes Grey est le reflet de l’esprit de son auteur. L’orthographe et la ponctuation en sont on ne peut plus consternantes – presque toutes les erreurs corrigées sur les épreuves se retrouvent à l’identique sur ce qui aurait dû être la version au propre. Si c’est là la manière dont Mr Newby expédie toutes ses affaires, rares sont les écrivains qui souhaiteront l’avoir une seconde fois pour éditeur. »

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