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9782264058782

Éditions 10/18, 2016 (646 pages)

Ma note : 14/20

Quatrième de couverture …

Sans richesse ni éducation, la jeune Fanny Price n’a rien pour séduire la bonne société anglaise. Pourtant, dans la faste demeure de Mansfield Park où l’a recueillie son oncle, il lui faut faire bonne figure. Entre frustrations et vexations, que sera-t-elle prête à sacrifier pour être acceptée dans le monde enjôleur de ses cousins ?

La première phrase

« Voici une trentaine d’années, mademoiselle Maria Ward de Huntington fut assez heureuse pour captiver, avec sept mille livres de rente comme seule fortune, le cœur de Sir Thomas Bertram, de Mansfield Park, dans le comté de Northampton, et se hausser ainsi jusqu’au rang de femme de baronnet, acquérant de surcroît tout le bien-être et les avantages matériels qu’offrent une belle maison et un revenu considérable. »

Mon avis …

Après avoir lu Orgueil et préjugés, Northanger Abbey et Raison et sentiments, il me tardait de retrouver la plume ô combien mordante de Jane Austen. C’est maintenant chose faite avec Mansfield Park, roman que j’ai eu l’occasion de découvrir en compagnie de Caroline. Si je n’ai pas eu le coup de cœur tant espéré, j’ai tout même plutôt apprécié l’intrigue que nous propose l’auteure. Mansfield Park reste pour autant le roman de Jane Austen que j’ai le moins aimé jusqu’à présent.

L’héroïne, Fanny Price, est issue d’une famille modeste. Enfant, elle est rapidement recueillie par son oncle, sa tante, et ses deux cousins (Edmond et Tom). La vie à Mansfield Park, immense demeure, est pour autant loin d’être idyllique pour la petite Fanny. Tous lui font en effet comprendre qu’elle est née de condition inférieure, et à ce titre Fanny est sans cesse rabaissée voire tenue à l’écart.  Ses cousines, Maria et Julia, la méprisent. Seul Edmond lui apporte soutien et affection. Les années s’écoulent lentement. Lorsque les Crawford s’installent dans le voisinage, nul doute que le quotidien de tous risque de se trouver chamboulé. Séducteur en diable, Henry jette rapidement son dévolu sur les demoiselles Bertram. Mary quant à elle s’intéresse de très près à Edmond. Si seulement celui-ci n’aspirait pas à devenir clergyman…

Quel plaisir de retrouver la plume de Jane Austen ! J’ai à nouveau adoré retrouver les descriptions austeniennes de la campagne anglaise, en ce tout début du XIXe siècle. Le personnage de Fanny reste pour moi une héroïne à part. Timide à l’extrême, elle ne présente ni l’audace d’Elizabeth Bennet ni la fraîcheur et la naïveté de Catherine Morland. Pour autant, j’ai fini par réellement l’apprécier. Fanny a en effet les pieds sur terre, et je dois dire que j’ai beaucoup aimé sa douceur et sa sagesse. Elle reste surtout fidèle à elle-même, en dépit des nombreux pics ou autres provocations qui ne peuvent que la toucher. J’aurais peut-être aimé qu’elle se rebelle un peu oui, pour autant son caractère effacé correspond tout à fait à tout ce qu’elle aura pu vivre à Mansfield depuis son enfance. Jane Austen nous fait à nouveau réfléchir sur les conditions de vie de son époque (selon l’appartenance à une classe sociale donnée), ou encore sur la place des femmes. Elle nous rappelle de même que le mariage semblait être une préoccupation de tous les instants… Jane Austen ne se montre d’ailleurs pas très tendre avec ses personnages (la bêtise de Mrs Norris prête à sourire). L’auteure se montre donc toujours aussi critique à l’égard de ses semblables, et c’est tout simplement tantôt drôle tantôt instructif !

Mais alors pourquoi n’ai-je pas réussi à totalement accrocher avec ce roman ? Sans doute à cause de certaines longueurs (je pense surtout à la scène de la pièce de théâtre). Heureusement, la seconde moitié du livre permet l’instauration d’un nouvel élan. Maria et Julia ayant quitté Mansfield, Fanny peut enfin s’épanouir et occuper une autre place auprès de ses tantes et ses cousins. J’ai pour autant été déçue de certains personnages (j’ai trouvé Edmond plutôt fade, et les Crawford agaçants au possible). J’ai également trouvé que le final était un peu trop vite expédié. En quelques paragraphes seulement, Jane Austen dénoue tous les nœuds qui nous étaient présentés pendant près de six cents pages. Intérieurement, j’étais ravie du destin de Fanny. Pour autant, j’aurais peut-être préféré que le tout soit amené autrement (avec plus de détails, ou via une scène passionnée).

En bref, si Mansfield Park ne sera pas mon roman préféré de Jane Austen, j’ai plutôt passé un bon moment en compagnie de Fanny Price. Le fait que l’intrigue se déroule sur une dizaine d’années amène ici des longueurs, mais reste intéressant si l’on considère l’évolution des personnages. Fanny est une héroïne austenienne timide et effacée en société, ce qui ne plaira peut-être pas à tous les lecteurs. La plume de Jane Austen reste quant à elle un pur régal.

Extraits …

« Fanny Price avait alors juste dix ans et s’il n’y eût rien de bien attirant dans son apparence il n’y avait non plus rien de repoussant. Elle était de petite taille pour son âge, n’avait pas le teint éclatant et rien de séduisant et était excessivement timide. Mais quoique gauche son aspect n’avait rien de vulgaire ; sa voix était douce et quand elle parlait sa physionomie devenait même jolie. »

Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Carolivre, son avis est à découvrir ici

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