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Éditions Le livre de poche, 1986 (279 pages)

Ma note : 17/20

Quatrième de couverture …

Lire Le Grand Meaulnes, c’est aller à la découverte d’aventures qui exigent d’incessants retours en arrière, comme si l’aiguillon du bonheur devait toujours se refléter dans le miroir troublant et tremblant de l’enfance scruté par le regard fiévreux de l’adolescence.
Le merveilleux de ce roman réside dans un secret mouvement de balancier où le temps courtise son abolition, tandis que s’élève la rumeur d’une fête étrange dont la hantise d’autant plus forte que l’existence s’en éloigne irrévocablement.

La première phrase

« Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189… »

Mon avis …

Quel roman étrange, mais ô combien envoûtant ! Si beaucoup de lecteurs semblent découvrir Le Grand Meaulnes à l’adolescence, il m’aura fallu attendre mes vingt-huit ans pour me plonger dans ce grand classique de la littérature. Et quelle lecture… ! Tout y respire une douce mélancolie, mais aussi l’urgence de vivre (ce qui est troublant quand on sait qu’Alain-Fournier est mort au front alors même qu’il était encore jeune). En refermant ce livre, j’étais bien embêtée à l’idée de vous livrer mes premiers ressentis. Envoûtée, je l’ai été. Mais il m’était impossible de savoir si j’avais adoré ou non cette lecture tant son atmosphère y est très particulière. Depuis, je repense souvent à Augustin, François, et Yvonne. Je m’imagine les paysages hivernaux que traverse le grand Meaulnes. Je revois une bien étrange fête remplie de cris d’enfants. Alors, je me dis que si ce roman me poursuit, c’est peut-être qu’il a réussi son pari ? Alain-Fournier signe ici un roman unique, bouleversant. Il me restera en tête encore longtemps.

J’ai eu la chance de lire ce roman dans une ancienne édition (il appartient à ma maman). Les pages, vieillies par le temps et devenues orange, auront peut-être contribué à me mettre rapidement dans l’ambiance. L’écriture d’Alain-Fournier possède un petit côté suranné, mais que je trouve agréable à retrouver en littérature. Avec son ton doux-amer, il m’a fait penser au roman Mademoiselle de la Ferté (de Pierre Benoit). Si je connaissais déjà l’intrigue du Grand Meaulnes via la BD de Bernard Capo, la magie a une nouvelle fois opéré. Pour mon plus grand bonheur. Les décors du Berry. François, Augustin, Yvonne et les autres. Si j’ai fait un peu les choses à l’envers (lire la BD adaptée du roman avant l’œuvre d’origine), rien ne remplace le plaisir de découvrir un auteur et un monument de la littérature.

D’emblée, j’ai été frappée par la poésie qui se dégage du Grand Meaulnes. De la mélancolie, il y en a oui. De même qu’une certaine nostalgie de l’enfance. Pour autant, j’ai trouvé certains passages d’une beauté à couper le souffle. C’est aussi ce qui fait que cette lecture marquera sans aucun doute mon année 2018. Peu de romans m’auront autant touchée jusqu’ici.

Est-il besoin de reprendre le point de départ de l’intrigue ? Lorsque le jeune Augustin Meaulnes arrive chez les Seurel, il se lie peu à peu d’amitié avec François (le fils de la famille). Meaulnes détonne, fascine. François est plus calme et mesuré. Un soir, Augustin se retrouve dans une grande fête, au charme onirique. Un mariage est annoncé. Il y croise Yvonne, qu’il cherchera ensuite à retrouver… Meaulnes sera effectivement bien incapable de retrouver la trace du curieux domaine où a eu lieu la fête.

Le Grand Meaulnes explore de multiples thématiques. La force de l’amitié. La violence, et la survivance, du premier amour. Ou encore le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Meaulnes est un personnage qui peut questionner. Il erre. Il cherche. Lorsqu’il trouvera une certaine stabilité, il se sentira obligé de fuir son bonheur (à cause d’une promesse faite il y a des années). Si je pense avoir préféré le calme et le bon sens de François, ou encore la douceur d’Yvonne, Meaulnes est un personnage que je n’oublierai pas de sitôt.

En bref, Le Grand Meaulnes est un roman au charme particulier, empli de tristesse, de nostalgie. La plume d’Alain-Fournier s’y fait poétique, tandis que les personnages restent pour le moins inoubliables une fois rencontrés. Je ne peux donc que vous inciter à découvrir cette œuvre, d’autant plus qu’elle reste pour moi associée au froid et à l’hiver. Ce début d’année est donc, pour moi, une période parfaite pour découvrir cet écrit.

Extraits …

« Il faut rentrer maintenant”, dit-il.
Et je les laissai retourner tous les deux, dans le grand vent du soir d’hiver qui leur fouettait le visage – lui, l’aidant de la main aux passages difficiles ; elle, souriant et se hâtant – vers leur demeure pour un instant abandonnée. »

« Il s’agit d’une noce, sans doute, se dit Augustin. Mais ce sont les enfants qui font la loi, ici ?… Étrange domaine ! ».

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