Le bal des folles • Victoria Mas

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Éditions Albin Michel, 2019 (251 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

Chaque année, à la mi-carême, se tient, à la Salpêtrière, le très mondain Bal des folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Cette scène joyeuse cache une vérité sordide : ce bal « costumé et dansant » n’est rien d’autre qu’une des dernières expérimentations de Charcot, adepte de l’exposition des fous.
Dans ce livre terrible, puissant, écrit au scalpel, Victoria Mas choisit de suivre le destin de ces femmes victimes d’une société masculine qui leur interdit toute déviance et les emprisonne. Parmi elles, Geneviève, dévouée corps et âme au service du célèbre neurologue ; Louise, une jeune fille « abusée » par son oncle ; Thérèse, une prostituée au grand coeur qui a eu le tort de jeter son souteneur dans la Seine ; Eugénie Cléry enfin qui, parce qu’elle dialogue avec les morts, est envoyée par son propre père croupir entre les murs de ce qu’il faut appeler une prison.
Un hymne à la liberté pour toutes les femmes que le XIXe siècle a essayé de contraindre au silence.

La première phrase

« Le 3 mars 1885
– Louise. Il est l’heure.
D’une main, Geneviève retire la couverture qui cache le corps endormi de l’adolescente recroquevillée sur le matelas étroit ; ses cheveux sombres et épais couvrent la surface de l’oreiller et une partie de son visage.« 

Mon avis …

Seulement quelques phrases lues, et il me venait déjà l’idée de vous en parler. Le bal des folles, premier écrit de Victoria Mas, est un roman différent de ce que l’on peut rencontrer habituellement, et cela fait un bien fou. Cette lecture fut un quasi coup de cœur. Je regrette seulement que le tout laisse parfois une impression de facilité. Le lien entre Eugénie et Geneviève est plutôt improbable, et j’aurais souhaité encore plus de matière, de détails, et une scène de bal plus longue. Le tout est heureusement si bien ficelé que les pages tournaient à toute vitesse.

Paris. Années 1880. À l’hôpital de la Salpêtrière, Charcot poursuit ses recherches sur la compréhension de l’hystérie. Aussi, tout un pavillon est amené à recevoir des patientes hystériques. Un fait historique assez glaçant nous est alors décrit : de nombreuses femmes étaient souvent internées, sans leur consentement, à la demande d’une autorité masculine (un père, un époux, parfois même un simple frère). À cette époque, non seulement les hommes décidaient pour les femmes, mais les patientes restaient littéralement enfermées. Seul un événement public avait le don de faire se lever tous les visages : l’organisation du bal de la mi-Carême. Déguisées, les patientes pouvaient alors retrouver un semblant de normalité, et côtoyer la bonne société parisienne (invitée pour l’occasion dans les locaux de l’hôpital).

Victoria Mas nous raconte cette histoire du point de vue de femmes de l’époque. Thérèse. Louise. Eugénie. Toutes ont en commun de ne pas être comprises par la société de cette fin du XIXe siècle. Car à cette période de l’Histoire, mieux valait ne pas sortir des sentiers battus. Issue d’une famille aisée, mais possédant le don de communiquer avec les défunts, Eugénie en paye les frais alors même que notre héroïne se révolte, dénonçant la condition féminine de son époque. J’ai trouvé toutes ces femmes attachantes. On espère forcément une fin heureuse les concernant.

Il y a aussi Geneviève, infirmière, dont j’ai aimé suivre l’évolution et les remises en question. Eugénie reste malgré tout mon personnage préféré : j’ai aimé son authenticité, tout comme le fait qu’elle puisse être prétexte à introduire une part de surnaturel dans le récit.

En bref, cette lecture fut une jolie découverte même si elle n’est pas parfaite. J’aurais aimé un final moins rapide. On ressent que l’auteure a effectué des recherches pour écrire ce roman, ce qui est appréciable ! Je pense continuer à la suivre, selon le sujet de son prochain écrit.

Extraits …

« Les internées commençaient à rêver de parures, d’orchestre, de valses, de lumières, de regards croisés, de cœurs gonflés, d’applaudissements ; elles songent aux invités venus pour l’occasion, l’élite parisienne ravie de pouvoir côtoyer ces folles de près, et les folles ravies d’être vues, enfin, le temps de quelques heures. »

6 commentaires sur “Le bal des folles • Victoria Mas

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