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Éditions Folio, 2003 (441 pages)

Ma note : 14/20

Quatrième de couverture …

Après avoir fait valser les cafetières, parler les tapisseries, réveillé Pompéi, rêvé sur les traces d’Hoffmann et de Nerval dans des tavernes d’étudiants, suscité de séduisants succubes et d’adorables vampires, Théophile Gautier décide, en plein Second Empire, de traquer le fantastique dans la vie réelle. Le romantique au gilet rouge devient ainsi l’inventeur du « fantastique en habit noir » : « Un regard d’une rêverie féline, disait de lui Baudelaire, un écrivain d’un mérite à la fois nouveau et unique dont la muse aime à ressusciter les villes défuntes et à faire redire aux morts rajeunis leurs passions interrompues ». 

La première phrase

« L’année dernière, je fus invité, ainsi que deux de mes camarades d’atelier, Arrigo Cohic et Pedrino Borgnioli, à passer quelques jours dans une terre au fond de la Normandie. »

Mon avis …

Un ensemble de nouvelles mêlant amour impossible (un thème cher au courant du romantisme) et fantastique. Et il faut le dire, Théophile Gautier s’avère être un maître en la matière. J’ai aimé l’atmosphère mystérieuse, surnaturelle, et souvent terrifiante, qui se dégageait de ces écrits. Si je n’ai pas du tout adhéré à Avatar, j’ai par contre aimé La Morte amoureuse, Le Pied de momie, Jettatura, et bien sûr La cafetière.

Ce recueil comprend neuf nouvelles : La morte amoureuse, Omphale, La cafetière, Le pied de momie, Arria Marcella, Le chevalier double, Deux acteurs pour un rôle, Jettatura, Avatar.

La cafetière

Théodore, le narrateur, nous raconte les évènements étranges apparus une certaine nuit dans sa chambre d’hôtel. Alors qu’il observe les personnages de la tapisserie, à la lueur du feu de la cheminée, ceux-ci se mettent subitement à s’animer. Un bal est improvisé. Théodore invite Angela, une jolie blonde aux yeux bleus. Ils dansent jusqu’au petit jour, tout du moins jusqu’à ce que la jeune femme pousse un cri avant de tomber inanimée. Ce que le narrateur apprend alors a de quoi lui donner des sueurs froides… Il s’agit de ma nouvelle préférée. Je me souviens l’avoir découverte au collège, en cours de français. Je suis ravie d’avoir pu la relire, et je crois d’ailleurs que je l’aime encore plus qu’avant.

La Morte amoureuse

Une sombre histoire d’amour entre Romuald, un jeune homme destiné à être prêtre, et Clarimonde, une courtisane. Le mythe du vampire est ici revisité en version plus romanesque. J’ai trouvé cette nouvelle très plaisante à lire, même si Clarimonde ne fait pas le poids face au monstrueux Dracula.

Le Pied de momie

Théophile Gautier nous offre ici une intrigue autour d’une relique égyptienne : l’un des pieds de la princesse Hermonthis. Une nuit, son possesseur se retrouve ainsi nez-à-nez face à une princesse se déplaçant à cloche-pied, à la recherche de son pied manquant ! Fiction ou réalité ? Une nouvelle non dépourvue d’humour tout en gardant un pied dans le fantastique, et c’est une réussite.

Jettatura

Une nouvelle sur la vengeance et le mauvais sort qui s’est avérée être très prenante. Le héros, Paul d’Aspremont, est amoureux d’Alicia, une jolie anglaise de bonne famille. Cependant à Naples, le bruit court que le jeune homme serait un jettatore, à savoir un jeteur de sorts porteur du mauvais œil. J’ai également été emballée par cette intrigue.

En résumé, un ensemble de nouvelles fascinantes et intéressantes. Je n’ai qu’un unique reproche : certaines histoires se recoupent énormément dans leur schéma de construction (une rencontre entre un homme et une femme, des obstacles, la naissance d’un amour impossible) ce qui fait que parfois j’ai trouvé certains éléments prévisibles voire redondants.

Extraits …

(La Morte amoureuse) « Je t’aimais bien longtemps avant de t’avoir vu mon cher Romuald, et je te cherchais partout. Tu étais mon rêve, et je t’ai aperçu dans l’église au fatal moment ; j’ai dit tout de suite « C’est lui ! ». Je te jetai un regard où je mis tout l’amour que j’avais et que je devais avoir pour toi ; un regard à damner un cardinal, à faire agenouiller un roi à mes pieds devant toute sa cour. Tu restas impassible et tu me préféras ton Dieu. »

(Le Pied de momie) « Ma vue se porta par hasard vers la table sur laquelle j’avais posé le pied de la princesse Hermonthis.

Au lieu d’être immobile comme il convient à un pied embaumé depuis quatre mille ans, il s’agitait, se contractait et sautillait sur les papiers comme une grenouille effarée : on l’aurait cru en contact avec une pile voltaïque ; j’entendais fort distinctement le bruit sec que produisait son petit talon, dur comme un sabot de gazelle.

J’étais assez mécontent de mon acquisition, aimant les serre-papiers sédentaires et trouvant peu naturel de voir les pieds se promener sans jambes, et je commençais à éprouver quelque chose qui ressemblait fort à de la frayeur. »

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