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Éditions Dédicaces, 2014 (103 pages)

Ma note : 13/20

Quatrième de couverture …

La mère disparaît et les souvenirs qui reviennent : une famille de la Réunion, les frères, les sœurs, les jalousies, les injustices et la mère qu’il faut enterrer après lui avoir pardonné. C’est ce que saura faire Isabella, la résiliente.
Cette journée particulière permettra de voyager dans « le temps longtemps », dans une île de l’Océan Indien, bien rarement décrite. Une journée où tous se retrouvent autour de Lila. C’est un voyage, au cœur de l’île de la Réunion, dans la famille réunie pour la première fois. Isabella photographie ou filme. Chaque personnage passe devant l’objectif à tour de rôle, avec les imperfections que le regard de l’autre saisit.
Les portraits sont drôles ou acides. On lit ce livre comme on feuillette un album. Sensible, humain, ce récit touche et nous fait réfléchir.

La première phrase

« Près du lit sur lequel repose Lila, morte à plus de quatre-vingts ans, tous les frères et sœurs sont rassemblés pour la première fois de leur vie. »

Mon avis …

Je tiens tout d’abord à remercier Colline Hoarau, qui m’a très gentiment proposée de découvrir son roman en me le faisant parvenir. Il faut dire qu’à première vue, ce roman avait de nombreux arguments pour me plaire : la promesse d’un voyage à la Réunion, tout un ancrage autour de la thématique familiale, l’esquisse de portraits psychologiques creusés. Pourtant lorsque je l’ai reçu dans ma boîte aux lettres, le drame : je n’aimais pas la couverture. J’ai alors eu peur de ne pas accrocher du tout. Il faut savoir que lorsque j’accepte un partenariat, j’éprouve toujours une certaine excitation mêlée à une pointe d’appréhension. Je crains souvent de ne pas du tout aimer le roman en question. Car si je n’apprécie pas ma lecture, je me rappelle qu’il y a toujours un auteur derrière (et donc beaucoup d’heures de travail). D’autant plus qu’il me plaît à penser qu’un auteur met également énormément de lui-même dans ses productions écrites. Qu’en est-il de mes ressentis autour de « L’adieu à Lila » ? Et bien, j’ai plutôt bien accroché !

J’ai adoré découvrir énormément de petits détails concernant le quotidien des Réunionnais (leur cuisine, la géographie de l’île, le créole réunionnais). Le cari. Les bichiques. L’église de la Petite-Ile. J’ai grandement apprécié le voyage. Mais ce roman n’est pas « que » ça. Il offre aussi tout un voyage autour de l’humain. J’ai à nouveau su aimer cet aspect. Je regrette peut-être d’avoir refermé ce livre en en voulant encore plus. J’aurais par exemple beaucoup aimé avoir plus de scènes de dialogue entre les frères et sœurs. Malgré tout, j’ai passé un bon moment de lecture. Un roman à déguster sous le soleil, un chapeau vissé sur la tête.

Au fil des pages, nous suivons Isabella (Bella), avant-dernière d’une grande fratrie. Mais également ses frères et sœurs. Chaque petit chapitre est ainsi divisé, de façon à mettre successivement en vedette l’un ou l’autre des personnages. La relation à la mère est mise en avant. Nous en apprenons alors de plus en plus sur Lila, qui vient de mourir, et sur les liens qu’elle entretenait avec chacun de ses enfants. Lila est une maman inégale. Si elle se montre démissionnaire auprès de certains de ses enfants, elle est tout autant capable d’être intrusive voire surprotectrice à l’égard des autres membres de sa progéniture. Ce roman est là comme pour nous rappeler qu’une mère ne peut avoir exactement la même relation avec tous ses enfants. Mais que le manque d’amour entrave la construction identitaire, le passage à l’âge adulte. Isabella, en proie de nombreux questionnements depuis la période de l’enfance, en aura fait les frais. Pourtant elle réussira à pardonner, et à avancer. Si je n’ai pu m’empêcher de trouver Lila détestable, Bella est certainement très touchante. Nous en revenons à tout le côté humain du roman. Colline Hoarau met en scène une galerie de personnages complexes. Nous pouvons nous sentir plus proche de l’un ou de l’autre en fonction de notre personnalité, de nos ressentis… (J’ai aussi beaucoup aimé Gilberte qui cherche désespérément l’amour).

Entre affinités et rivalités, ce livre souligne également la complexité des relations frères-soeurs. Face à Bella, les frères et sœurs se jaugent, se scrutent. D’anciennes rivalités refont surface. L’auteure nous dresse le portrait d’une famille abîmée. Chacun aura finalement évolué à sa manière, tenté de se construire face aux difficultés de la vie, et ce en puisant dans l’héritage familial (plus ou moins porteur en fonction de la relation mère-enfant).

« L’adieu à Lila » est donc un roman fort, qui sort aussi certainement des sentiers battus. Je l’ai trouvé prenant, même si je m’attendais à autre chose du point de vue de sa construction. J’ai en tout cas apprécié ce petit voyage à la Réunion, de même que toute la réflexion que ce roman est en mesure d’apporter.

Extraits …

« Elle avançait. Elle détestait se retrouver sous les feux des projecteurs. Elle avait vécu toute sa vie dans l’ombre, la sienne parfois, celle des autres souvent. Elle savait que son intervention allait être très écoutée. »

« Elle sourit en regardant le ciel, espérant que Lila s’était envolée légère et que, dans l’au-delà, les souffrances disparaissent malgré soi. »

Roman lu dans le cadre d’un partenariat

Twitter de Colline Hoarau ici !

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