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Ainsi-puis-je-mourir-183x300

Éditions 10/18, 2013 (425 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

En faisant des amours interdites de Marguerite de Ravalet le sujet de son nouveau roman, Gabrielle Dancel ne peut se douter à quel point son destin va se mêler à celui de son héroïne. Quatre cents ans après ce drame qui défraya la chronique sous Henri IV, la malédiction semble se répéter et faire de la jeune romancière sa dernière victime.

La première phrase

« Il avait plu, une pluie fine qui avait jeté un voile scintillant sur la vallée et les collines alentour. Puis, au détour du chemin, il apparut. »

Mon avis …

Comme dans les contes de fées, tout commence par une rencontre magique : celle de Gabrielle, romancière, et de Philip Sedley. Un coup de foudre et un voyage de noces idyllique plus tard, le couple s’installe dans la demeure familiale, le château des Ravalet. Désireuse de travailler sur un nouveau roman, Gabrielle entreprend d’écrire une biographie. C’est décidé, celle-ci tournera autour du vécu tumultueux et du destin tragique de Marguerite de Tourlaville, une jeune femme ayant vécu à Ravalet il y a quatre cents ans. Très vite, le passé semble rattraper Gabrielle. Comme si tout était amené à se répéter…

Autant ne pas tourner plus longtemps autour du pot, cette lecture est pour moi un quasi coup de cœur ! Un somptueux château, un brin de mystère et une plongée dans l’Histoire : ce roman avait déjà de nombreux atouts pour me plaire. Sans compter la couverture que je trouve sublime. Ma rencontre avec Viviane Moore (auteure française née à Hong Kong) est pour le coup réussie. J’ai apprécié ce voyage entre deux mondes. Une époque contemporaine met ainsi en scène le quotidien de Gabrielle et de son mari, tandis que la seconde (située sous le règne d’Henri IV) relate le vécu et les tourments de Marguerite de Tourlaville. Au fil des pages, un phénomène très curieux se met en place. Comme si les évènements survenus il y a quatre cents ans se remettaient en marche pour tourmenter le quotidien de Gabrielle et de Philip.

Ce roman m’a tout de suite fait penser à Rebecca de Daphné du Maurier (que j’avais littéralement adoré et dévoré). Les similitudes sont là : une cour et un mariage express, un grand domaine familial, du mystère, une jeune femme timide qui se doit de faire sa place dans un milieu social qui lui est totalement étranger. J’ai une nouvelle fois été séduite.

Au-delà de ces petites remarques, Viviane Moore fait état d’une grande habileté pour reconstituer la Normandie des années 1600. En suivant Marguerite, nous en apprenons ainsi énormément sur le quotidien des nobles de l’époque. L’auteure réussit tout autant la prouesse de jongler entre deux périodes sans ennuyer une seule seconde son lecteur. Je dois vous dire que j’ai autant été captivée par le quotidien de Gabrielle que par celui de Marguerite. Le présent qui regorge de détails étranges et dramatiques nous fait craindre pour la vie de notre héroïne romancière… Menace, chantage affectif, une relation amoureuse brusquement teintée de doutes et de peurs. L’étau semble peu à peu se resserrer autour de Gabrielle.

Vous l’aurez compris, je suis passée in extremis à côté du coup de cœur. J’ai malheureusement deux bémols. J’ai été moins emballée par la passion éprouvée par Marguerite. Autant vous l’avouer, celle-ci m’a gênée (je ne préfère pas vous en dire plus pour ne pas vous dévoiler une partie de l’intrigue). Ma deuxième réserve concerne justement l’intrigue en elle-même. Je la trouvais originale et bien trouvée, lorsque je me suis rendu compte que Viviane Moore s’était en fait inspirée de l’Histoire, la vraie. Le château des Ravalet existe ainsi réellement : il se situe non loin de Cherbourg. Le personnage de Marguerite de Tourlaville est également on ne peut plus réel. Je ne sais pourquoi, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir une petite pointe de déception en apprenant que l’auteure n’avait pas tout imaginé. Sans quoi, le coup de cœur aurait été assuré.

Extraits …

« Même en fuyant l’on est pris ; Ce qui me donne la vie me cause la mort ; Les deux n’en font qu’un ; Ainsi puis-je mourir… »

« Il me semblait entendre résonner à nouveau sous mon crâne la voix de ma grand-mère :
Je vais te raconter la sombre et noire histoire des Ravalet, seigneurs de Tourlaville…
Tout me paraissait noir. Comme si le soleil qui brillait un instant auparavant s’était éteint. Philip avait disparu. Un souffle d’air humide, venu de l’intérieur du château, me frappa le visage.
– Gabrielle !
Même sa voix avait changé. Ma chair s’était hérissée, je tremblais.
Mon mari ressortit, l’air inquiet…
– Gabrielle ! Tu vas bien ?
Il avait glissé son bras sous le mien. Je murmurai :
– Un étourdissement, c’est tout. »

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