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Éditions 10/18, 2000 (286 pages)

Ma note : 15/20

Quatrième de couverture …

Quelques mois après la mort mystérieuse de Vera, Everard Wemys se remarie avec Lucy, de vingt ans sa cadette. Mais le souvenir omniprésent de Vera, les doutes relatifs à sa mort (accident, suicide, voire crime ?) font planer sur le couple, qui s’est installé à la campagne, dans la grande maison où eut lieu le drame, une ombre noire que ni l’un ni l’autre ne parviendront à chasser.
Après avoir lu Vera, Bertrand Russell, alors beau-frère d’Elizabeth von Arnim, avoua : « J’ai donné à mes enfants un conseil de prudence : n’épousez jamais une romancière. »

La première phrase

« Lorsque le médecin fut parti, et que les deux femmes du village, restées seules là-haut, n’eurent plus rien d’autre à faire que patienter auprès de son père mort, Lucy sortit dans le jardin, alla jusqu’au portail et s’y accouda pour contempler la mer. »

Mon avis …

Déniché en occasion, ce court roman me faisait de l’œil depuis un petit moment déjà. Mon amour pour les années 20, le ressenti d’une intrigue à la Rebecca (Daphné du Maurier) auront eu raison de moi. Un autre argument : cette couverture qui est juste sublime ne donne-t-elle pas, à elle seule, envie de se plonger dans le roman ? Si je n’ai pas eu le coup de cœur tant espéré, la faute à une fin un peu trop ouverte à mon goût, j’ai apprécié suivre le quotidien de Lucy. La plume d’Elizabeth von Arnim est quant à elle simple, mais efficace : j’ai été on ne peut plus ravie de la découvrir. Si Vera n’a pas la force de Rebecca, la noirceur de l’intrigue est bien là. J’ai d’ores et déjà hâte de retrouver l’auteure. Peut-être avec Avril enchanté ou Elizabeth et son jardin allemand.

En vacances en Cornouailles, Lucy doit rapidement faire face au décès de son père. Elle rencontre alors Everard Wemys, qui vient de perdre sa femme, Vera, dans un accident. Touchés de plein fouet par un drame aussi douloureux qu’inattendu, ces deux êtres finissent par se rapprocher. Pour finalement sauter le pas, et se marier. Everard emmène alors Lucy aux Saules, sa maison de campagne dans laquelle Vera est tombée du balcon du second étage. Accident ou suicide ? Nul ne le sait.

Que de points communs avec Rebecca, qui est un de mes romans préférés !  Une héroïne un peu gauche, et naïve. Une grande demeure. Le fantôme d’une ancienne épouse. Les similitudes s’arrêtent pourtant là. Car Elizabeth von Arnim s’intéresse surtout aux rouages du mariage. Une fois le couple installé aux Saules, la jeune Lucy déchante rapidement. Everard n’est plus l’homme charmant des débuts. Égoïste voire tyrannique, il n’a de cesse de grandement fatiguer notre héroïne entre ses sautes d’humeur et ses demandes constantes d’affection. Lucy ne sait alors plus vraiment sur quel pied danser. Il est rare qu’un personnage masculin provoque autant de rejet chez moi. C’est pourtant ce que j’ai ressenti avec Everard. J’ai également été agacée par le semblant d’apathie de Lucy (qui est tout simplement amoureuse…). Impuissante, miss Entwisthle, la tante de Lucy, voit peu à peu sombrer sa protégée.

L’intrigue se fait donc très sombre et cruelle pour notre héroïne. Face à cette réflexion concernant l’amour, mais surtout la tyrannie conjugale, vient se greffer le mystère autour du décès de Vera. Accident ? Suicide ? Meurtre ? Elizabeth von Arnim n’apporte pas de réponse bien définie. Au fil de sa lecture, le lecteur est pourtant en mesure de construire son hypothèse, ce qui est extrêmement intéressant. J’ai beaucoup moins apprécié la fin ouverte de ce roman. Même si l’on sait désormais quel sera le quotidien de Lucy, j’en attendais peut-être autre chose. Au moins une petite note d’espoir.

En bref, Vera est un roman plutôt noir qui vaut surtout pour son atmosphère. Si j’ai dévoré ce récit, j’aurais souhaité trouver des personnages plus nuancés ainsi qu’une fin moins ouverte. L’aura de Vera, l’ancienne épouse (adorée ou détestée ?) ajoute pour autant une vraie plus-value à l’atmosphère glaçante de ce récit rédigé dans les années 20.

Extraits …

« Elle s’assit, et il abandonna sa main, qui demeura entre eux, sur le banc, la paume ouverte.
– C’est étrange de s’être rencontrés ainsi, dit-il.
Il la regardait, mais le regard de Lucy était perdu, quelque part au-delà du mûrier, sur la pelouse ensoleillée et sur un buisson de fuchsias. »

« La photographie – celle-ci aussi – la poursuivait. Vera et Lucy se regardèrent.
À en juger par les vêtements, elle avait dû être prise une douzaine d’années auparavant. Vera se tenait debout, dans une robe d’après-midi, à col haut ; les plis retombaient sur le tapis et les manches étaient trop larges. Elle semblait grande, et avait des doigts longs et effilés. Ses cheveux sombres étaient tirés en arrière et coiffés en chignon. Le visage était mince, on avait l’impression de n’y voir que les yeux, de grands yeux noirs qui vous fixaient, étonnés ; ses lèvres étaient légèrement crispées, comme si elle se retenait de rire. »

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