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Éditions Phébus, 1998 (554 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

Les Français avaient oublié ce roman, ancêtre de tous les thrillers, qui fascinait Borges et rendit jaloux Dickens (roman publié ici pour la première fois en version intégrale). Il nous révèle une sorte de Hitchcock de la littérature : suspens, pièges diaboliquement retors, terreurs intimes, secrètes inconvenances – rien n’y manque. Pourtant le chef-d’œuvre de Collins n’a jamais cessé d’être dans les pays anglo-saxons un succès populaire : l’un des plus sûrs moyens, en tout cas, d’empêcher l’innocent lecteur de dormir.

La première phrase

« Les derniers jours de juillet s’effeuillaient. L’été touchait à sa fin. »

Mon avis …

Quel roman passionnant ! Si La dame en blanc signe ma rencontre avec Wilkie Collins, je me suis tout simplement régalée. Il faut dire que cette lecture avait déjà de nombreux arguments pour me séduire : une ambiance victorienne, des personnages mystérieux et manipulateurs, des paysages angoissants, une intrigue haletante. Nul doute que ce roman laissera de nombreuses traces dans ma mémoire de lectrice. La dame en blanc n’est pourtant pas le genre de roman que l’on dévore d’une traite. Il est assez long, et autant le dire, Wilkie Collins aime prendre son temps. J’ai donc pris le temps de savourer les mots, les passages mettant en scène la ô combien étrange dame en blanc. Plus que pour ses révélations finales, j’ai surtout apprécié ce roman pour son atmosphère victorienne parfaite ainsi que pour la manière dont l’auteur nous plonge dans une incroyable machination. Malgré quelques longueurs, je suis restée comme en apnée tout au long de ma lecture.

Limmeridge House. Cumberland. Professeur de dessin, le jeune Walter Hartright s’apprête à rencontrer ses deux élèves : Laura Fairlie et Marian Halcombe. Gagné par la beauté calme et délicate de Laura, Walter tombe rapidement sous le charme. Il y a pourtant un hic. Laura semble être la copie conforme d’une mystérieuse femme, toute de blanc vêtue, que le jeune homme aurait rencontré la veille, alors qu’il se promenait de nuit dans les rues londoniennes. Lorsque notre héros apprend que cette femme si étrange n’était autre qu’une pensionnaire échappée d’un asile, son sang ne fait qu’un tour… Dès lors, les évènements étranges s’enchaînent : Lettre anonyme. Cauchemars. Apparitions de la femme en blanc aux alentours d’une tombe. Walter est bien loin d’imaginer la terrible machination qui est en train de se refermer, peu à peu…

Divisé en trois parties, ce roman est tout simplement passionnant du fait qu’il nous fasse naviguer d’un personnage à un autre. Nous démarrons avec l’arrivée de Walter à Limmeridge House. L’intrigue se met alors peu à peu en place. Nous poursuivons ensuite avec le journal intime de Marian, puis avec les nombreux témoignages de divers domestiques. La clef de l’énigme ne nous sera donnée qu’au cours de la troisième partie.

J’ai adoré suivre le personnage de Marian. Pour sa volonté, ses valeurs, sa prudence face au danger (même si la jeune femme ne manque pas de courage, ce qu’elle montrera au lecteur à plusieurs reprises). Elle porte littéralement Laura face à un destin qui est loin d’être rose, tout comme elle soutiendra Walter jusqu’au bout. Pour un roman écrit par un homme, mais surtout en plein XIXe siècle, j’ai été plutôt surprise (mais plus que ravie).

Les méchants sont quant à eux plutôt bien campés. Si l’on ressent qu’un piège se referme peu à peu sur nos deux sœurs, il nous est bien frustrant de voir déjoués, les uns après les autres, les plans mis en oeuvre par Marian et Laura pour échapper à un danger certain. Ce roman montre aussi, d’un certain côté, la place accordée aux femmes (que celles-ci soient mariées ou célibataires) en ce milieu du XIXe siècle. La femme en blanc revient quant à elle à de nombreuses reprises au cours de l’intrigue. Sa présence est d’ailleurs indirectement liée au malheur qui s’abat sur Laura et Marian… Manipulation. Secrets de famille. Motifs de vengeance. Le lecteur est bien loin d’y voir clair, avant les explications qui interviennent à la fin du livre.

En bref, j’ai grandement apprécié cette lecture même si elle ne tombe pas vraiment dans le surnaturel (il s’agit plutôt d’un roman d’atmosphère, d’un sombre mystère à démêler). La femme en blanc a aussi quelques défauts : des longueurs, des jeux de dupes qui semblent parfois un peu trop complexes pour être vrais. Malgré tout, j’ai réellement eu l’impression d’être transportée en 1850. Les personnages ont quant à eux pris vie sous mes yeux ! Je ne risque pas d’oublier Marian ou le comte Fosco. Un roman à savourer lentement.

Extraits …

« Je me retournai vivement, les doigts crispés sur le pommeau de ma canne.
Là, derrière moi, au milieu de la nuit, se tenait une femme, sortie de terre comme par miracle ou bien tombée du ciel. Elle était tout de blanc vêtue et, le visage tendu vers moi d’un air interrogateur et anxieux, elle me montrait de la main la direction de Londres. J’étais bien trop surpris de cette soudaine et étrange apparition pour songer à lui demander ce qu’elle désirait. C’est elle qui parla la première.
– Est-ce la route de Londres ?
Je la regardai avec attention, étonné de sa singulière question. Il était alors près d’une heure. Je distinguai au clair de lune un visage jeune, pâle, maigre, fatigué, de grands yeux au regard grave, des lèvres frémissantes et des cheveux d’un brun doré. »

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