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Éditions Folio, 2016 (1041 pages)

Ma note : 13/20

Quatrième de couverture …

Le XIXe siècle britannique est divisé entre Dickens et Thackeray comme le nôtre entre Balzac et Stendhal. Thackeray (1811-1863) est l’égal de Stendhal et La foire aux vanités (1848), son chef-d’œuvre. Il y utilise un style humoristique ou ironiquement épique pour donner l’un des plus grands moments de satire sociale en langue anglaise. La thèse fondamentale du livre est que, dans la société occidentale, le seul moyen d’arriver, si l’on est sans naissance et sans fortune, est de violer tous les principes moraux que la société fait semblant de respecter. Qui faut-il blâmer, ces aventuriers, ou le système qui les rend nécessaires ? Le personnage principal est une femme hypocrite, ambitieuse et sans scrupules : on assiste à son ascension au sommet de la société et à sa chute. Autour d’elle s’agite, dans une immense fresque, la Foire aux vanités.

La première phrase

« Notre siècle marchait sur ses quinze ans… Par une brillante matinée de juin, une large voiture bourgeoise se dirigeait, avec une vitesse de quatre milles à l’heure, vers la lourde grille du pensionnat de jeunes demoiselles tenu par miss Pinkerton à Chiswick Mall. »

Mon avis …

Il y a certains classiques qui effraient autant qu’ils intriguent. À mes yeux, La foire aux vanités pourrait tout à fait se ranger dans cette catégorie. Son format pavé (de plus de mille pages) me décourageait d’avance, aussi je n’avais jusqu’ici jamais sauté le pas même si j’étais extrêmement curieuse de savoir ce que pouvait renfermer ce grand classique de la littérature anglaise. Si j’avais su… Ce roman m’aura accompagnée pendant près de deux mois, oui, mais quel voyage dans le temps ! L’écriture de Thackeray y est délicieuse, et finalement pas si inaccessible que ça. Si cette lecture n’a malheureusement pas été un coup de cœur, je garderai longtemps en tête le personnage de Rebecca Sharp (qui me fait un peu penser à la perfide Milady de Winter des Trois mousquetaires).

Thackeray nous présente sa foire aux vanités comme un véritable spectacle de marionnettes. De nombreux personnages se croisent, font face aux vicissitudes de la vie, et tentent (un peu comme ils peuvent) d’assouvir leurs ambitions. Becky Sharp et Amelia Sedley dominent la danse. Amélia est plutôt bien née et d’une grande douceur, mais plutôt passive face à son destin. Ambitieuse et déterminée, Rebecca sait se mettre le monde dans la poche, quitte à manquer de loyauté. Malgré leurs défauts, il est difficile de les condamner totalement… Car le pouvoir de Thackeray est aussi là : nous rendre ses personnages attachants, car profondément humains.

Les chapitres sont plutôt courts, et s’enchaînent rapidement. J’ai réussi à apprécier le côté satire sociale de ce roman. Par l’humour, et le ridicule des propos ou des actions de certains personnages, l’auteur égratine gentiment certains aspects de la société. L’absurdité de la guerre ou encore la question du paraître sont entre autres évoquées. Thackeray a tout autant un réel talent de conteur, et j’ai de plus adoré me retrouver transportée dans l’Angleterre du XIXe siècle. De nombreuses classes sociales sont représentées, ce qui permet d’avoir une vraie vue d’ensemble de la vie de cette époque. D’autant plus que le contexte historique n’est pas mis à l’écart. L’intrigue imaginée par Thackeray est pleinement ancrée dans l’Histoire. Les ambitions de Napoléon. La bataille de Waterloo. Nos personnages devront aussi faire avec…

Je n’ai cependant pas apprécié cet écrit autant que je l’aurais souhaité, la faute à quelques longueurs et à plusieurs passages avec lesquels je n’ai pas réussi à accrocher. On pourrait également reprocher à l’auteur le côté parfois caricatural de certains de ses personnages. Mais n’est-ce pas pour mieux servir son aspect satire sociale ? Côté dénouement, je suis plutôt satisfaite du final proposé par le romancier. J’ai maintenant pour projet de découvrir l’adaptation télévisée (série) de ce roman, imaginée par la BBC en 1998.

Extraits …

« Que miss Sharp ait résolu au fond de son cœur de faire la conquête de ce gros et gras garçon, nous n’avons, mesdames, aucun droit de l’en blâmer. Car, si le soin de la chasse aux maris est généralement, par un sentiment de modestie très louable, départi par les jeunes filles à la sagesse de leurs mères, il faut se souvenir que miss Sharp n’avait nul parent d’aucun genre pour entrer à sa place dans ces négociations délicates. »

« Et maintenant, disons-le bien haut : Vanitas vanitatum ! qui de nous est heureux en ce monde ? qui de nous arrive enfin au terme de ses désirs, ou, quand il y parvient se trouve satisfait ? Adieu, adieu, mes enfants, refermons la boîte et rangeons nos marionnettes, car le spectacle est terminé. »

Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Isabelle, son avis est à découvrir prochainement !

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