Madame Bovary • Gustave Flaubert

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Éditions Le livre de poche, 2003 (501 pages)

Ma note : 14/20

Quatrième de couverture …

Une jeune femme romanesque qui s’était construit un monde romantiquement rêvé tente d’échapper – dans un vertige grandissant – à l’ennui de sa province, la médiocrité de son mariage et la platitude de sa vie. Mais quand Flaubert publie Madame Bovary, en 1857, toute la nouveauté du roman réside dans le contraste entre un art si hautement établi et la peinture d’un univers si ordinaire. L’écriture transfigure la vie, mais s’y adapte si étroitement qu’elle la fait naître sous nos yeux. « Ce n’était plus du roman comme l’avaient fait les plus grands », dira Maupassant : « C’était la vie elle-même apparue. On eût dit que les personnages se dressaient sous les yeux en tournant les pages, que les paysages se déroulaient avec leurs tristesses et leur gaieté, leurs odeurs, leur charme, que les objets aussi surgissaient devant le lecteur à mesure que les évoquait une puissance invisible, cachée on ne sait où. »

La première phrase

« Nous étions à l’Étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. »

Mon avis …

Fille d’un fermier aisé, Emma Rouault épouse Charles Bovary, un médecin de campagne veuf. Tout pourrait lui sourire en apparence, seulement voilà : notre jeune héroïne s’ennuie mortellement et ne trouve pas sa place dans un monde qui lui semble médiocre, et totalement en décalage avec ce à quoi elle aspire. Son idéal, Emma Bovary le touche du doigt lors d’une invitation à un bal au château de Vaubyessard. Tout n’est alors que luxe et relations mondaines. Ce souvenir, notre héroïne le gardera toute sa vie. Il lui rappellera pourtant sans cesse ce sentiment de vide, et la médiocrité de son existence.

J’ai ouvert Madame Bovary (1857) une première fois à l’âge de seize ans (j’avais noté soigneusement mon année de lecture sur la page de garde). Je dois vous avouer une chose : je n’avais strictement rien compris au roman, passant totalement à côté du portrait psychologique d’Emma et des enjeux de cette œuvre pour l’époque. J’ai attendu la trentaine pour lui laisser une seconde chance, et je ne le regrette pas (même si je suis à nouveau totalement passée à côté d’un éventuel coup de cœur).

Madame Bovary me semble être une lecture exigeante. Pas pour la plume de Flaubert qui coule sur le papier comme de l’eau, et qui reste agréable à découvrir / lire. Plutôt pour les portraits des personnages, assez complexes. J’ai enfin réussi à comprendre Emma Bovary dans ses déceptions, dans sa recherche de refuge (en multipliant les achats ou encore en entretenant des liaisons) pour se sentir vivante, et pour survivre face à son morne quotidien qui l’étouffe. Pari réussi ! Quand j’étais adolescente, je la trouvais fade, toujours à se plaindre, mauvaise mère (mais avec le recul surtout malheureuse et donc peu disponible pour son enfant), exaspérante au plus haut point.

Si j’ai réussi à la comprendre, je ne ressens toujours pas d’empathie à son égard, lui préférant de loin Charles Bovary. Sous les traits du mari, Flaubert dessine ici un personnage très tranquille, éternellement passif et dépendant des humeurs de son épouse. Souvent tourné en ridicule, il aime pourtant son Emma de tout son cœur, et se retrouvera victime collatérale des décisions de sa femme. C’est finalement surtout pour lui que j’ai ressenti de la peine.

Avec cette seconde lecture, j’ai également enfin compris pourquoi ce roman avait fait grand bruit à l’époque (allant jusqu’au déroulé d’un procès). Il faut dire que Flaubert n’y va pas avec le dos de la cuillère. Critique de la religion (dans ce roman du XIXe siècle, un rendez-vous galant est organisé dans une église) ; critique de l’institution du mariage (qui n’amène selon l’auteur que des désagréments et frustrations, qui ne peut être synonyme d’épanouissement) ; critique de la vie conjugale ; coup de poing donné à ce désir d’ascension sociale à tout prix (et pour Emma, la chute sera terrible. J’ai pensé à cette fable de La Fontaine : La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf). En bref, Madame Bovary, c’est donc effectivement le portrait d’une héroïne moderne et sans doute inoubliable, mais pas que.

Pourquoi suis-je passée à côté du coup de cœur ? Sans doute à cause de quelques longueurs, et de la fin du roman qui reste très sombre, peut-être trop à mon goût (mais j’ai également eu ce ressenti avec Une vie, de Maupassant, où Jeanne est également une héroïne de roman malheureuse). Reste que je suis ravie d’avoir enfin pu rencontrer et comprendre en partie ce roman et ses personnages. Une autre œuvre de Flaubert m’attend sagement dans la bibliothèque : L’éducation sentimentale. J’espère très bientôt me lancer dans cette nouvelle lecture.

Extraits …

« Mais elle, sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l’ennui, araignée silencieuse filait sa toile dans l’ombre à tous les coins de son cœur. »

9 commentaires sur “Madame Bovary • Gustave Flaubert

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    1. Il nous est décrit avec tous ses défauts, et on sent dès le départ qu’il forme un couple mal assorti avec Emma, mais c’est vrai que je le trouve tellement plus touchant. Je ne suis pas la seule alors, tu me rassures un peu ! 🙂

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    1. Je t’assure qu’il est plutôt accessible (si c’est surtout l’écriture de Flaubert qui te fait peur). Mais je te comprends, il y a encore pas mal de classiques dans lesquels je n’arrive pas à me lancer à cause de ça (je pense à Notre-Dame de Paris, Le comte de Monte-Cristo…).

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    1. Oh oui le pauvre, il faut dire que Flaubert ne l’a pas raté tant il prend un malin plaisir à le ridiculiser.
      Moi aussi, je me dis que c’est peut-être le genre de romans qui mérite d’être lu ou relu à l’âge adulte pour vraiment réussir à comprendre ses personnages. C’était chouette d’avoir pu en discuter avec toi, merci ! ☺😘

      Aimé par 1 personne

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