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Éditions Le livre de poche, 2002 (145 pages)

Ma note : 13/20

Quatrième de couverture …

Chez le vieux baron des Ravots qui ne pouvait plus chasser, une coutume existait, qu’on appelait le « conte de la bécasse ». Lorsque chaque convive avait dégusté son oiseau, le cérémonial voulait qu’après avoir graissé toutes les têtes, le maître de maison tirât au sort celui qui seul aurait le privilège de s’en régaler.
« L’élu du hasard croquait le crâne suiffé en le tenant par le nez, et en poussant des exclamations de plaisir. Et chaque fois les dîneurs, levant leurs verres, buvaient à sa santé. Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait, sur l’ordre du baron, conter une histoire pour indemniser les déshérités. »
Ce sont ces récits normands que Maupassant réunit ici. Histoires savoureuses sans doute à l’image du dîner, facétieuses aussi, mais pourtant cruelles : la drôlerie s’assombrit de noirceur, le tragique se lie à la farce, et le pessimisme à la bouffonnerie.

La première phrase

« Le vieux baron des Ravots avait été pendant quarante ans le roi des chasseurs de sa province. »

Mon avis …

Mon troisième « Maupassant ». Des nouvelles qui fleurent à nouveau bon la Normandie. Guy de Maupassant n’est, une nouvelle fois, pas tendre avec le genre humain. Dans ce recueil comportant dix-sept nouvelles, le vice, caché ou ostensible, côtoie la cruauté, la fanfaronnade ou encore la bêtise. L’auteur y transcrit le quotidien campagnard difficile d’alors ou encore certains défauts / certaines qualités du tempérament paysan. J’ai retrouvé avec un grand plaisir la plume fine, mais cynique, de Guy de Maupassant. En revanche, je pense n’avoir réellement apprécié que deux nouvelles : Menuet ainsi que La rempailleuse, tant les autres ont pu me sembler dures (je pense à Pierrot, La folle, En mer…). Si j’étais restée sur un ressenti partagé avec Une vie, j’avais réussi à vraiment apprécier le recueil incluant la nouvelle Boule de suif. J’ai peut-être même préféré ces dernières, par rapport aux Contes de la bécasse.

Ce recueil comprend dix-sept nouvelles : La Bécasse, Ce cochon de Morin, La folle, Pierrot, Menuet, La peur, Farce normande, Les sabots, La rempailleuse, En mer, Un normand, Le testament, Aux champs, Un coq chanta, Un fils, Saint-Antoine, L’aventure de Walter Schnaffs.

Menuet

Un lieu : la pépinière du jardin du Luxembourg (aujourd’hui détruite). Chaque matin, un étudiant en droit s’y promène jusqu’à se piquer de curiosité pour un vieillard qui lui conte certains de ses souvenirs. Il aurait été maître de danse à l’Opéra de Paris, sous Louis XV… J’ai adoré cette nouvelle pour son atmosphère (aussi bien printanière que surnaturelle). Je m’imaginais me balader dans un jardin. Guy de Maupassant mêle ici habilement fantastique et éléments du réel. S’il n’offre pas réellement de réponse à la fin de la nouvelle, celle-ci me marquera tant par ses personnages que par le passage où le vieillard accompagné de sa femme (une danseuse célèbre sous Louis XV) improvisent un menuet.

La rempailleuse

Cette nouvelle met en scène une histoire d’amour : celle d’une rempailleuse pour le pharmacien de son village. Afin que celui-ci s’intéresse à elle et daigne lui adresser un regard, notre héroïne, fille de rempailleurs ambulants, offre chaque année ses économies  lorsqu’elle passe au village. Enfant, elle avait aperçu le futur pharmacien pleurant car on lui avait dérobé tout son argent… Depuis lors, elle n’a plus pensé qu’à lui. Jusqu’à la fin de sa vie. Plus sombre que la précédente, j’ai tout de suite pensé à Stefan Zweig en lisant cette nouvelle (pour le côté mise en scène d’une passion amoureuse non réciproque). Guy de Maupassant met ici largement en scène la cupidité, l’égoïsme. J’ai été touchée par cet amour ressenti par la petite rempailleuse pour un même homme depuis son enfance.

En bref, si je n’ai pas été séduite par la totalité des nouvelles constituant ce recueil, certaines auront réussi à susciter mon intérêt. La plume de Maupassant se fait toujours aussi cinglante, mais humaine. Avec ce recueil, on rit souvent (Ce cochon de Morin), on pleure (Pierrot, La folle), on tremble (La peur) tout en riant parfois jaune (Aux champs). Je lui préfère pour autant Boule de suif.

Extraits …

(Menuet) « Nous nous assîmes sur un banc de pierre. C’était au mois de mai. Un parfum de fleurs voltigeait dans les allées proprettes ; un bon soleil glissait entre les feuilles et semait sur nous de larges gouttes de lumière. La robe noire de la Castris semblait toute mouillée de clarté.
Le jardin était vide. On entendait au loin rouler des fiacres.
« Expliquez-moi donc, dis-je au vieux danseur, ce que c’était que le menuet ? ». »

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