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Éditions La table ronde, 2016 (211 pages)

Ma note : 17/20

Quatrième de couverture …

Lorsque Claude Monet, quelques mois avant sa disparition, confirma à l’État le don des Nymphéas, il y mit une ultime condition : l’achat d’un tableau peint soixante ans auparavant, Femmes au jardin, pour qu’il soit exposé au Louvre. À cette exigence et au choix de ce tableau, il ne donna aucun motif. Deux remords de Claude Monet raconte l’histoire d’amour et de mort qui, du flanc méditerranéen des Cévennes au bord de la Manche, de Londres aux Pays-Bas, de l’Île-de-France à la Normandie, entre le siège de Paris en 1870 et la tragédie de la Grande Guerre, hanta le peintre jusqu’au bout.

MICHEL BERNARD

La première phrase

« Le 6 décembre 1870, jour de la Saint-Nicolas, un homme de haute taille, aux vêtements de bonne coupe, crottés et fatigués, entrait dans Beaune-la-Rolande. »

Mon avis …

Sans trop savoir pourquoi, je me sens depuis toujours fascinée par l’impressionnisme. Un peintre de ce courant me touche d’ailleurs plus que les autres : il s’agit du grand Claude Monet. Je ne pouvais donc passer à côté de cette parution, d’autant plus que je rêve de me rendre un jour à Giverny (pour visiter la maison du peintre et ses jardins). Autant vous l’avouer tout de go, je n’ai absolument pas été déçue du voyage. J’ai énormément appris sur la personnalité de Claude Monet, sur ses toiles, mais aussi sur les personnes qui comptaient beaucoup pour lui. Un petit roman sublime, et bien écrit, que je ne peux que vous inviter à découvrir si vous vous intéressez comme moi au vécu de Claude Monet. Une ode à la peinture. Mais aussi un gros coup de cœur.

Un conseil : ne vous fiez pas forcément à la quatrième de couverture. Si ce roman évoque bien évidemment la fin de vie du peintre, ainsi que la réalisation des Nymphéas, nous en apprenons tellement plus… Les débuts difficiles de Monet pour gagner sa vie en tant que peintre. La pauvreté. Sa profonde amitié pour Bazille et Renoir. Sa rencontre avec la douce Camille Doncieux (qui deviendra sa première épouse). La naissance de ses enfants, Jean et Michel. Enfin, le succès, la reconnaissance de son talent en tant qu’artiste, mais aussi de nombreuses blessures… Avant l’installation à Giverny et une profonde nostalgie. J’ai été émue autant qu’impressionnée par Claude Monet, notamment lorsqu’il est décrit dans ses dernières années. Parlant très peu, la barbe fournie, il s’adonnera toujours à son art et à son amour pour la nature, et ce même lorsque sa vue baissera dangereusement sur ses dernières années. Jusqu’à la fin de sa vie, il tentera surtout de laisser une trace, visible par tous, des personnes aimées (parfois trop vite perdues). Il est certain que je ne verrai plus jamais ses toiles de la même manière.

Michel Bernard nous propose un découpage en trois parties. Celles-ci s’articulent bien sûr autour du vécu de Claude Monet. La première se centre sur Frédéric Bazille, grand ami du peintre. La deuxième sur Camille Doncieux, le grand amour de sa vie, que Monet représentera sur de nombreuses toiles (La femme à la robe verte, La capeline rouge ou encore Femmes au jardin). La dernière se centre davantage sur la période Giverny / Alice Hoschedé (sans parler de l’amitié extraordinaire qui aura lié le peintre et Clemenceau). J’ai grandement apprécié la plume de Michel Bernard que je trouve pleine de justesse et qui parvient à retranscrire tant d’émotions. À travers de simples mots, le lecteur se trouve facilement plongé dans les yeux du maître. Le travail en plein air. La description des paysages. Le jeu des couleurs pour parvenir à représenter au plus près les variations de la lumière. Cette lecture s’est montrée on ne peut plus passionnante.

En résumé, j’ai été enchantée de ma lecture. Je pense avoir tout aimé dans ce roman : son découpage, la plume de l’auteur, les descriptions, les émotions. D’autant plus que plusieurs tableaux du peintre sont regroupés dans cette édition, détail que j’ai grandement apprécié. Je n’ai plus qu’une hâte : visiter la maison du peintre, à Giverny.

Extraits …

« Au jardin, comme devant la toile à peindre, il perdait la sensation de l’écoulement du temps et la notion de la durée. »

« Descendu avec la nuit, le froid avait arrêté le temps. La plaine bleuie éclairait le ciel, cuivrait le ventre des nuages. Il n’entendait que ses pas dans la neige, le crissement de la glace écrasée par ses souliers, un chien qui aboyait, une galopade d’écoliers en sabot, la buée de leurs souffles, et, coulée entre les rideaux, répandue sur les jardinets étouffés, la lumière venue des fenêtres des villas. Il restait un moment devant la sienne à regarder l’intérieur des pièces dans lesquelles il allait rejoindre les silhouettes familières qui glissaient d’une pièce à l’autre. Il restait là, voyageur au seuil de sa maison, et goûtait dans le froid et l’obscurité la certitude de la petite main de son fils et du baiser de sa femme. »

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