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Éditions J’ai lu, 2010 (308 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

Tout le monde connaît les sœurs Brontë : Charlotte, Emily et Anne. Mais le frère, Branwell ? Et leur enfance dissimulée à inventer des mondes et des langages ?
A travers poèmes et proses inédits, ce recueil reconstruit le cheminement imaginaire – « le monde du dessous », écrivait Charlotte – au cœur de la création romanesque des Brontë et lui donne tout son sens.

La première phrase

« RÉTROSPECTION

Nous avons tissé une toile à l’enfance
Une toile aérienne et ensoleillée
Et dans la prime enfance détecté une source
D’eau fraîche et non souillée. »

Mon avis …

Vous commencez sans doute à me connaître, j’éprouve un vif intérêt pour tout ce qui touche aux écrits des sœurs Brontë. Le terme « intérêt » n’est pas assez fort pour décrire les émotions que j’ai pu ressentir en lisant Jane Eyre ou encore Les Hauts de Hurlevent, mes deux romans préférés de tous les temps. L’Angleterre. Haworth. Un presbytère isolé. Les landes balayées par le vent. Bien que l’univers de la famille Brontë nous semble plutôt sinistre, je ressens une véritable fascination pour les sœurs Brontë. Leurs écrits, mais aussi le vécu, la personnalité de chacune : tout m’intéresse. Aussi, lorsque j’ai croisé la route de ce recueil, je n’ai pas hésité une seule seconde. Il comprend des morceaux de proses, de poèmes (apparemment retrouvés miraculeusement) rédigés par Charlotte, Emily, Anne ou encore Branwell. Le livre est divisé en différentes parties, ce qui nous permet de plonger dans l’écriture de chacun. Des détails de correspondance ont également été ajoutés (certaines lettres d’Elizabeth Gaskell notamment). L’occasion d’en apprendre beaucoup sur le quotidien, les habitudes de la famille. À certains passages d’une grande beauté, évoquant l’enfance, l’amour ou encore la nature, viennent se mêler des paragraphes plus sombres comme la maladie d’Emily, ainsi que celle d’Anne, apparaissant dans la correspondance de Charlotte Brontë. Cette lecture est donc parfois difficile, mais permet de se sentir plus proche de ces romancières de génie, tout comme elle permet de mieux comprendre le goût pour la solitude de Charlotte, ou encore la violence des personnages crées par Emily.

Dés l’enfance, les Brontë sont très liés. Surtout depuis le décès de leurs deux sœurs aînées, dans un pensionnat glacial. Pour échapper à un quotidien pesant, et sans doute extrêmement difficile, Branwell et Charlotte, Anne et Emily, s’inventent un monde totalement imaginaire, mais coloré de paysages solitaires ou exotiques : les royaumes de Gondal et de Gaaldine. Nous y retrouvons des rois, des reines, des serviteurs dont certains traits se retrouveront plus tard dans le personnage de Rochester, ou en tout cas principalement dans les personnages de Charlotte et d’Emily.

Ce recueil m’aura également apporté tout un éclairage sur Branwell, que je connaissais finalement peu et dont on parle moins car il n’aura pas réussi, contrairement à ses sœurs, à faire publier ses créations (plusieurs poèmes). Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec le film Les sœurs Brontë d’André Téchiné (1979) dans lequel apparaît un portrait d’homme mélancolique, ravagé par l’alcool. Je le trouve finalement touchant. Et je compte lire très vite la biographie écrite par Daphné du Maurier (que j’aime aussi énormément) : Le monde infernal de Branwell Brontë.

En bref, ce recueil est instructif si vous souhaitez vous plonger dans l’enfance des Brontë ou tout simplement en apprendre plus sur eux, à travers les détails de certains courriers adressés à des proches, ou encore à travers le regard des quelques rares amis de la famille. J’ai grandement apprécié retrouver Charlotte Brontë, avec son intelligence vive et sa force de caractère. Je me la représentais sous les traits du personnage de Jane Eyre. Il semblerait en effet qu’elle y ait mis beaucoup d’elle-même dans la création de ce personnage hors du commun. J’ai également aimé en apprendre davantage sur son frère Branwell ou encore m’imaginer Emily et Anne, toutes deux inséparables, enlacées, se promenant sur la lande. J’ai d’ailleurs hâte de découvrir la plume d’Anne Brontë, la seule que je ne connais pas encore.

Extraits …

« Si Emily voulait un livre qu’elle avait oublié dans le salon, elle traversait la pièce en coup de vent sans regarder personne, surtout s’il y avait un invité. »

« Anne – la chère, la gentille Anne – était très différente. C’était la préférée de sa tante. Elle avait de très beaux cheveux, brun clair, qui lui tombaient sur le cou en boucles gracieuses, des yeux d’un bleu violet et un teint clair, presque transparent. »

« Miss Brontë m’a rappelé son héroïne, Jane Eyre. Elle avait l’air plus petite que jamais et se déplaçait tranquillement, sans faire le moindre bruit, exactement comme un petit oiseau ainsi que l’appelait Rochester, sauf que tous les oiseaux sont joyeux et que la joie n’avait jamais pu pénétrer dans cette maison depuis qu’elle avait été construite. »

« Ce vent qui déverse son impétueux courant dans les airs, d’heure en heure avec une furie ininterrompue, une musique plus profonde à mesure que la nuit avance, soufflant, non pas en rafales, mais avec la rapide impétuosité de la tempête qui enfle, ce vent, je le sais, souffle en ce moment très loin sur les landes à Haworth. Emily et Branwell l’entendent quand il passe au-dessus de la maison, dans le cimetière et autour de la vieille église, ils pensent peut-être à nous deux Anne – Magnifique ! »

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