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Éditions Folio, 2004 (208 pages)

Ma note : 16/20

Quatrième de couverture …

Pauline (1838) est un des premiers romans de Dumas, où Monte-Cristo se trouve en germe. C’est un livre qu’il a écrit seul, et qui se déroule de son temps. La fiction brode sur les thèmes du roman gothique, en « noir », nuit, cottage en ruine, sentes perdues, passages secrets, brigands impitoyables, héroïne enterrée vivante, substitution de cadavres.
Pauline fait face à un bourreau mystérieux, « homme fatal ». C’est le roman d’une jeunesse déboussolée qui tente de se faire une place dans une société mesquine.

La première phrase

« Vers la fin de l’année 1834, nous étions réunis un samedi soir dans un petit salon attenant à la salle d’armes de Grisier, écoutant, le fleuret à la main et le cigare à la bouche, les savantes théories de notre professeur, interrompues de temps en temps par des anecdotes à l’appui, lorsque la porte s’ouvrit et qu’Alfred de Nerval entra. »

Mon avis …

Pauline est une œuvre que je souhaitais découvrir depuis un bon moment déjà. La saison automnale me paraissait idéale pour me plonger dans ce classique de la littérature : roman gothique oblige. Quoi de mieux que de frissonner, emmitouflée dans un bon plaid et bercée par le son de la pluie… Je suis également ravie d’avoir pu découvrir ce livre dans le cadre d’une lecture commune avec Isabelle (du blog La chambre rose et noire).

1834. Alexandre Dumas, personnage du roman et narrateur, retrouve un vieil ami : Alfred de Nerval. Ce dernier lui conte alors l’étrange histoire de Pauline de Meulien, l’amour de sa vie. Mariée au comte de Beuzeval, un homme qu’elle admire autant qu’elle craint, Pauline se sent rapidement délaissée. Dévorée par la curiosité (le comte s’en était allé dans son château en Normandie en lui interdisant formellement de l’y rejoindre), la jeune femme entreprend de faire le voyage pour faire une surprise à son époux. Là, commenceront ses tourments…

Je pense avoir tout aimé dans ce roman. Son atmosphère. Le mystère entourant Horace de Beuzeval. Le duo Pauline-Alfred de Nerval. Si Pauline n’a peut-être pas la force des Trois mousquetaires, la plume d’Alexandre Dumas m’aura de nouveau envoûtée. Il n’y a point de folles cavalcades, et le lecteur ne rencontre certes pas la perfidie de Milady, mais ce roman s’inscrit dans la noirceur gothique et le courant du romantisme. Abbaye en ruine. Passages secrets. Solitude et amour impossible. J’ai dégusté ce petit bijou gothique à souhait. Extrêmement prenante, l’intrigue nous pousse à ne refermer ce roman que difficilement. L’écriture d’Alexandre Dumas est quant à elle toujours aussi délicieuse. Ce roman reste d’ailleurs abordable. Il me semble parfait pour qui souhaite découvrir son auteur, sans s’attaquer tout de go à ses grandes œuvres (Les trois mousquetaires ou encore Le comte de Monte-Cristo).

J’ai rapidement ressenti une certaine empathie pour Pauline. Si la jeune femme nous est présentée comme étant plutôt naïve voire oie blanche, elle me semble touchante par bien d’autres aspects contrairement à Catherine Morland, de Northanger Abbey (roman qui s’inscrit également dans la tradition gothique), avec qui j’avais eu beaucoup plus de mal bien qu’il s’agisse d’un personnage de Jane Austen. Pauline nous rappelle combien la position des femmes, même lorsqu’elles étaient bien nées, était loin d’être enviable à l’époque : on faisait son entrée très jeune dans le monde, pour souvent se marier tôt sans trop en connaître sur l’amour. Aussi, Pauline épouse Horace de Beuzeval plus pour l’empressement de ce dernier à lui faire la cour que par réelle inclination. Seulement lorsque notre héroïne le comprendra, il sera déjà trop tard…

Par son ambiance noire majestueuse, l’intrigue de Pauline m’aura fait connaître quelques frissons. Les nombreux lecteurs de ce roman sauront à quels passages je fais allusion. Comme quoi, malgré le fait que je reste une jeune femme du XXIe siècle, les classiques sont encore diablement efficaces.

Pour conclure, je ne peux que vous encourager à vous plonger dans ce roman gothique si addictif. Son format plutôt court (environ 200 pages) est idéal pour qui souhaite rencontrer la plume d’Alexandre Dumas avant de poursuivre avec des œuvres plus conséquentes. Pauline présente pour autant quelques défauts, notamment celui de savoir dès le départ vers quoi Dumas souhaite nous emmener au niveau du final. Malgré tout, l’intrigue se montre si bien construite et si prenante qu’elle pourra grandement vous plaire.

Extraits …

« Vous vous réveillerez dans un caveau où nul n’est descendu depuis vingt ans, et dans lequel, d’ici à vingt ans, nul ne descendra encore. N’ayez donc aucun espoir de secours, car il serait inutile. Vous trouverez du poison près de cette lettre : tout ce que je puis faire pour vous est de vous offrir une mort prompte et douce au lieu d’une agonie lente et douloureuse. Dans l’un et l’autre cas, et quelque parti que vous preniez, à compter de cette heure, vous êtes morte. »

Lu dans le cadre d’une lecture commune avec La chambre rose et noire, son avis est à découvrir ici

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